Artigas était, lui, l’homme de la campagne; il pouvait représenter ce qu’on appelait là-bas le parti national, placé entre les Portugais et les Espagnols, c’est-à-dire entre les étrangers restés Portugais et Espagnols par leur séjour dans des villes où tout leur rappelait des mœurs portugaises et espagnoles.

Puis restait un troisième type et même une troisième puissance, dont il faut bien que nous parlions, et qui est à la fois le fléau de l’homme des villes et de l’homme de la campagne.

Ce troisième type, c’est le gaucho, dont Garibaldi vous a dit un mot caractéristique et pittoresque. Il l’a appelé «le centaure du nouveau monde.»

En France, nous appelons gaucho tout ce qui vit dans ces vastes plaines, ces immenses steppes, ces pampas infinies qui s’étendent des bords de la mer au versant oriental des Andes. Nous nous trompons: le capitaine Head, de la marine anglaise, mit le premier en vogue cette manie de confondre le gaucho avec l’habitant de la campagne, qui, dans sa fierté, repousse non-seulement la similitude, mais encore la comparaison.

Le gaucho est le bohémien du nouveau monde. Sans biens, sans maison, sans famille, il a pour tout bien son puncho, son cheval, son couteau, son lasso et ses bolas.

Son couteau, c’est son arme; son lasso et ses bolas, c’est son industrie.

Artigas demeura donc commandant de la campagne, à la grande satisfaction de tout le monde, à l’exception des contrebandiers; et il se trouvait encore chargé de cette importante fonction lorsque éclata la révolution de 1810, révolution qui avait pour but et qui eut, en effet, pour résultat d’anéantir la domination espagnole dans le nouveau monde.

Elle commença donc en 1810, à Buenos-Ayres, et s’acheva en Bolivie, à la bataille d’Ayacuncho, en 1824.

Le chef des forces indépendantes était alors le général Antonio-José de Suere; il avait cinq mille hommes sous ses ordres.

Le général en chef des troupes espagnoles était don Jose de Laserna, le dernier vice-roi du Pérou; il commandait onze mille hommes.