Les patriotes n’avaient qu’un seul canon; ils étaient un contre deux, pas même un contre deux, comme on le voit par les chiffres que nous venons de poser. Ils manquaient de munitions, de provisions de bouche, de poudre et de pain. On n’avait qu’à attendre, ils se rendaient; on attaqua, ils vainquirent.

Ce fut le général patriote Alejo Cordova qui commença la bataille. Il commandait à quinze cents hommes. Il mit son drapeau au bout de son épée et cria:

—En avant!

—Au pas accéléré ou au pas ordinaire? demanda un officier.

—Au pas de la victoire, répondit-il.

Le soir, l’armée espagnole tout entière avait capitulé et se trouvait prisonnière de ceux qu’elle avait tenus prisonniers.

Artigas, un des premiers, avait salué la révolution comme une libératrice. Il s’était mis à la tête du mouvement dans la campagne, et alors il était venu offrir à Pacheco de résigner à son tour entre ses mains le commandement, comme autrefois Pacheco avait fait pour lui.

Cet échange allait peut-être s’opérer, lorsque Pacheco fut surpris dans la maison de Casablanca, sur l’Uruguay, par des marins espagnols, et resta prisonnier entre leurs mains.

Artigas n’en continua pas moins son œuvre de délivrance. En peu de temps, il chassa les Espagnols de toute cette campagne dont il s’était fait roi, et les réduisit à la seule ville de Montevideo. Mais Montevideo pouvait présenter une sérieuse résistance, attendu qu’elle était la seconde ville fortifiée d’Amérique.

La première était Saint-Jean d’Ulloa.