Parmi ces âmes charitables, il y en a une que je n’oublierai jamais: c’est la bonne madame Louise Sauvaigo, de Nice, bonne créature qui m’a convaincu que les deux femmes les plus parfaites du monde étaient ma mère et elle. Elle faisait le bonheur d’un mari, excellent homme, et, avec une admirable intelligence, l’éducation de toute la petite famille.
A quel propos ai-je parlé d’elle ici? Je n’en sais rien. Si fait, je le sais; c’est que, écrivant pour satisfaire au besoin de mon cœur, mon cœur m’a dicté ce que je viens d’écrire.
La guerre alors déclarée entre la Porte et la Russie contribua à prolonger mon séjour dans la capitale de l’empire turc. Pendant cette période, et au moment où je ne savais comment je vivrais le lendemain, j’entrai comme précepteur dans la maison de la veuve Tenioni. Cet emploi m’avait été octroyé sur la recommandation de M. Diego, docteur en médecine, que je remercie ici du service qu’il m’a rendu. J’y restai plusieurs mois, après lesquels je me remis à naviguer, en m’embarquant sur le brigantin Notre-Dame de Grâce, capitaine Casabona.
Ce fut le premier bâtiment où je commandai comme capitaine.
Je ne m’appesantirai point sur mes autres voyages; je dirai seulement que, toujours tourmenté d’un profond instinct de patriotisme, dans aucune circonstance de ma vie je ne cessai de demander, soit des hommes, soit des événements, soit même des livres qui m’initiassent aux mystères de la résurrection de l’Italie; mais, jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans, cette recherche fut vaine, et je me fatiguai inutilement.
Enfin, dans un voyage à Tangarog, je trouvai sur mon bord un patriote italien qui, le premier, me donna quelque notion de la façon dont marchaient les choses en Italie.
Il y avait une lueur pour notre malheureux pays.
Je le déclare hautement, Christophe Colomb ne fut pas plus heureux lorsque, perdu au milieu de l’Atlantique, menacé par ses compagnons, auxquels il avait demandé trois jours, il entendit, vers la fin de la troisième journée, crier: «Terre!» que je ne le fus, moi, en entendant prononcer le mot patrie, et en voyant à l’horizon s’allumer le premier phare par la révolution française de 1830.
Il y avait donc des hommes qui s’occupaient de la rédemption de l’Italie.
Lors d’un autre voyage que je fis à bord de la Clorinde, ce bâtiment transportait à Constantinople une section des saint-simoniens, conduits par Émile Barrault.