Ces mots étaient l’ordre de me donner la torture.
En arrivant dans la chambre qui m’était destinée, mes gardes, en conséquence, me laissant les mains liées derrière le dos, me passèrent aux poignets une nouvelle corde, tournèrent l’autre extrémité autour d’une solive, et, tirant à eux, me suspendirent à quatre ou cinq pieds de terre.
Alors don Leonardo Millan entra dans ma prison, et me demanda si je voulais avouer.
Je ne pouvais que lui cracher au visage, et m’en donnai la satisfaction.
—C’est bien, dit-il en se retirant; quand il plaira au prisonnier d’avouer, vous m’appellerez, et, quand il aura avoué, on le remettra à terre.
Après quoi, il sortit.
Je restai deux heures ainsi suspendu. Tout le poids de mon corps pesait sur mes poignets ensanglantés et sur mes épaules luxées.
Tout mon corps brûlait comme une fournaise; à chaque instant je demandais de l’eau, et, plus humains que mon bourreau, mes gardiens m’en donnaient; mais l’eau, en entrant dans mon estomac, se desséchait comme si on l’eût jetée sur une lame de fer rougie. On ne peut se faire une idée de ce que je souffris qu’en relisant les tortures données aux prisonniers au moyen âge. Enfin, au bout de deux heures, mes gardes eurent pitié de moi ou me crurent mort, et me descendirent.—Je tombai couché tout de mon long.
Je n’étais plus qu’une masse inerte, sans autre sentiment qu’une sourde et profonde douleur,—un cadavre ou à peu près.
Dans cette situation, et sans que j’eusse la conscience de ce que l’on me faisait, on me mit dans les ceps.