Mais elle est morte, et lui est vengé.—Où ai-je connu la grandeur de la faute?—Là, aux bouches de l’Éridan, le jour où espérant la disputer à la mort, je serrais convulsivement son pouls pour en compter les derniers battements, j’absorbais son haleine fugitive, je recueillais avec mes lèvres son souffle haletant, je baisais, hélas! des lèvres mourantes, hélas! j’étreignais un cadavre, et je pleurais les larmes du désespoir[8].

[8] Cet endroit est à dessein couvert d’un voile d’obscurité, car, lorsque après l’avoir lu, je retournai vers Garibaldi en lui disant:

—Lisez cela, cher ami; la chose ne me paraît pas claire.

Il lut, en effet; puis, après un instant:

—Il faut que cela reste ainsi, me dit-il avec un soupir.—Deux jours après il m’envoya un cahier intitulé Anita Garibaldi.

XXV
LA COURSE

Le général avait décidé que je sortirais avec trois bâtiments armés pour attaquer les bannières impériales croisant sur la côte du Brésil. Je me préparai à cette rude mission, en réunissant tous les éléments nécessaires à mon armement.—Mes trois bâtiments étaient le Rio-Pardo, commandé par moi,—la Cassapara, commandée par Griggs,—toutes deux goëlettes,—et le Seival, commandé par l’Italien Lorenzo. L’embouchure de la lagune était bloquée par les bâtiments de guerre impériaux;—mais nous sortîmes de nuit et sans être inquiétés.—Anita, désormais la compagne de toute ma vie, et par conséquent de tous mes dangers, avait absolument voulu s’embarquer avec moi.

Arrivés à la hauteur de Santos, nous rencontrâmes une corvette impériale, qui nous donna inutilement la chasse pendant deux jours.—Dans le second jour, nous nous approchâmes de l’île do Abrigo, où nous prîmes deux sumaques chargées de riz.—Nous poursuivîmes la croisière et fîmes quelques autres prises. Huit jours après notre départ, je mis le cap sur la lagune.

Je ne sais pourquoi, j’avais un sinistre pressentiment de ce qui s’y passait,—attendu qu’avant notre départ déjà un certain mécontentement se manifestait contre nous. J’étais prévenu, en outre, de l’approche d’un corps considérable de troupes, commandé par le général Andréa, à qui la pacification del Para avait donné une grande réputation.

A la hauteur de l’île Sainte-Catherine, et comme nous revenions, nous rencontrâmes une patache de guerre brésilienne. Nous étions avec le Rio-Pardo et le Seival.—Depuis plusieurs jours, la Cassapara, pendant une nuit obscure, s’était séparée de nous. Nous la découvrîmes à notre proue, et il n’y avait pas moyen de l’éviter.—Nous marchâmes donc sur elle et l’attaquâmes résolûment.—Nous commençâmes le feu et l’ennemi répondit; mais le combat eut un médiocre résultat à cause de la grosse mer.—Son issue fut la perte de quelques-unes de nos prises,—leurs commandants, effrayés par la supériorité de l’ennemi, ayant amené leurs pavillons.