D’autres donnèrent à la côte voisine.

Une seule de nos prises fut sauvée; elle était commandée par Ignazio Bilbao, notre brave Biscayen, qui aborda avec elle dans le port d’Imbituba, alors en notre pouvoir. Le Seival, ayant eu son canon démonté et faisant eau, prit la même route; je fus donc obligé de faire comme eux à mon tour, trop faible que j’étais pour tenir seul la mer.

Nous entrâmes dans Imbituba, poussés par le vent du nord-est; avec un pareil vent, il nous était impossible de rentrer dans la lagune, et certainement, les bâtiments impériaux stationnés à Sainte-Catherine, informés par l’Andurinka, bâtiment de guerre auquel nous avions eu affaire, allaient venir nous attaquer; il fallut donc nous préparer à combattre. Le canon démonté du Seival fut hissé sur un promontoire qui formait la baie du côté du levant; et sur ce promontoire, nous construisîmes une batterie gabionnée.

En effet, à peine le jour du lendemain se leva-t-il, que nous aperçûmes trois bâtiments se dirigeant sur nous. Le Rio-Pardo fut embossé au fond de la baie, et commença un combat fort inégal, les Impériaux étant incomparablement plus forts que nous.

J’avais voulu descendre Anita à terre, mais elle s’y était refusée, et comme au fond du cœur j’admirais son courage et en étais fier, je ne fis rien dans cette circonstance, comme dans les autres, les premières prières repoussées, pour forcer sa volonté.

L’ennemi, favorisé dans sa manœuvre par le vent qui croissait, se maintenait à la voile, courant de petites bordées, et nous canonnant avec fureur. Il pouvait de cette façon, ouvrir à sa volonté tous les angles de diversion de son feu et le dirigeait tout entier sur notre goëlette. Cependant, nous combattions de notre côté avec la plus obstinée résolution; et, comme nous attaquions de si près que l’on pouvait se servir des carabines, le feu, de part et d’autre, était des plus meurtriers; en raison de notre faiblesse numérique, les pertes étaient plus grandes chez nous que chez les impériaux, et déjà notre pont était couvert de cadavres et de mutilés; mais, bien que le flanc de notre bâtiment fût criblé de boulets, bien que notre mâture eût subi de grandes avaries, nous étions résolus de ne pas céder, et de nous faire tuer jusqu’au dernier plutôt que de nous rendre. Il est vrai que nous étions maintenus dans cette généreuse résolution par la vue de l’amazone brésilienne que nous avions à bord. Non-seulement Anita, comme je l’ai dit, n’avait pas voulu débarquer, mais encore, la carabine à la main, elle prenait part au combat; nous étions, il faut l’avouer, vaillamment soutenus par le brave Manoel Rodriguez, commandant de notre batterie de terre, et tant que dura l’engagement, ses coups furent habilement et vigoureusement dirigés.

L’ennemi était très-acharné, surtout contre la goëlette. Plusieurs fois, pendant le combat, il la serra de si près, que je crus qu’il nous voulait aborder. Il eût été le bienvenu. Nous étions préparés à tout.

Enfin, après cinq heures d’une lutte opiniâtre, l’ennemi, à notre grand étonnement, se mit en retraite; nous sûmes depuis que c’était à cause de la mort du commandant de la Belle-Américaine, qui avait été tué roide,—mort qui avait mis fin au combat.

J’eus, pendant ce combat, une des plus vives et des plus cruelles émotions de ma vie. Pendant que Anita, sur le pont de la goëlette, encourageait nos hommes, le sabre à la main, un boulet de canon la renversa avec deux d’entre eux. Je bondis vers elle, croyant ne plus trouver qu’un cadavre; mais elle se releva saine et sauve; les deux hommes étaient tués. Je la suppliai alors de descendre dans l’entre-pont.

—Oui, j’y vais descendre, en effet, dit-elle, mais pour en faire sortir les poltrons qui s’y sont cachés.