Les montagnards nos amis, attaqués par des forces supérieures, demandèrent secours au général Canavarro, et il disposa, pour leur venir en aide, une expédition aux ordres du colonel Texeira. Nous fîmes partie de cette expédition. Reçus par les Serramins, commandés par le colonel Aranha, nous battîmes complétement, à Santa Vittoria, la division ennemie. Acunha se noya dans le fleuve Pelatas, et la majeure partie de ses troupes resta prisonnière.

Cette victoire remit sous le commandement de la république les deux départements de Vaccaria et de Lages, et nous entrâmes triomphants dans le chef-lieu de ce dernier.

La nouvelle de l’invasion impériale avait relevé le parti brésilien, et Mello, chef ennemi, avait accru dans cette province son corps de cinq cents hommes environ de cavalerie.

Le général Bento-Manoel, chargé de le combattre, ne l’avait pu faire à cause de sa retraite, et il s’était contenté d’envoyer le colonel Portinko à la poursuite de Mello, qui se dirigeait sur Saint-Paul.

Notre position et nos forces nous mettaient à même, non-seulement de nous opposer au passage de Mello, mais encore de l’anéantir. La fortune ne le voulut pas: le colonel Texeira, incertain si l’ennemi venait par Vaccaria ou par Coritibani, divisa sa troupe en deux corps, envoyant le colonel Aranha à Vaccaria avec sa meilleure cavalerie, tandis que nous, avec l’infanterie et quelques hommes à cheval seulement, pris presque tous parmi les prisonniers, nous nous dirigeâmes vers Coritibani.

Ce fut cette route que prit l’ennemi.

Cette division de nos forces nous fut fatale: notre récente victoire, le caractère ardent de notre chef, et les nouvelles que nous avions de l’ennemi, nous le faisaient par trop mépriser. En trois jours de marche, nous fûmes à Coritibani, et nous campâmes à peu de distance du Maromba, où l’on supposait que les impériaux devaient passer. On plaça un poste sur le rivage, et des sentinelles dans les endroits où on le jugea nécessaire, et l’on s’endormit parfaitement tranquille.

Quant à moi, l’habitude que j’avais de ces sortes de guerres fit que je ne dormis que d’un œil.

Vers minuit, le poste du fleuve fut attaqué avec tant de furie, qu’à peine eut-il le temps de fuir en échangeant quelques coups de fusil avec l’ennemi.

Au premier coup de feu j’étais sur pied, criant: Aux armes! A ce cri, tout le monde s’éveilla et se tint prêt au combat. Quelque temps après la naissance du jour, l’ennemi parut, et, ayant passé le fleuve, s’arrêta à quelque distance de nous, se tenant en bataille. Tout autre que Texeira, en voyant la supériorité du nombre, aurait expédié des courriers pour appeler le second corps à son aide, et, jusqu’à la jonction d’Acunha, eût amusé l’ennemi; mais le vaillant républicain craignit qu’il ne se retirât, et que, par sa fuite, il ne perdît l’occasion de combattre. Il se lança donc au combat, s’inquiétant peu de la position avantageuse qu’occupait son adversaire.