Or, la villa Corsini prise, c’était pour nous une perte énorme; tant que nous étions maîtres de la villa Corsini, les Français ne pouvaient pas tirer leurs parallèles.
A tout prix, il fallait donc la reprendre; c’était pour Rome une question de vie et de mort.
Les feux se croisaient entre les canonniers des remparts, les hommes du Vascello et les Français de la villa Corsini et de la villa Valentini.
Mais ce n’était ni une fusillade, ni une canonnade qu’il fallait, c’était un assaut, un assaut terrible mais victorieux, qui nous rendît la villa Corsini.
Je m’élançai au milieu de la route, m’inquiétant peu si mon puncho blanc et mon chapeau à plumes allaient servir de cible aux tirailleurs français, et, de la voix et du geste, j’appelai tous les hommes disposés à me suivre.
Officiers et soldats semblèrent sortir de dessous terre.
En un instant, j’eus auprès de moi Nino Bixio, mon officier d’ordonnance; Daverio, que je croyais, d’après mon ordre, resté via Carroze; Marina, le commandant ordinaire de mes lanciers; enfin Sacchi et Marochetti, mes vieux compagnons de guerre de Montevideo. Ils rallièrent les débris des bersaglieri bolonais, se mirent à la tête de la légion italienne, et s’élancèrent les premiers, entraînant les autres après eux.
Rien ne put arrêter leur élan: la villa Corsini fut reprise; mais, avant d’y arriver, tant d’hommes étaient restés sur la route qu’il avait fallu parcourir, que ceux qui y étaient entrés ne purent résister aux nombreuses colonnes qui vinrent les assaillir.
Ils furent obligés de reculer.
Mais, pendant cette charge, d’autres étaient venus, d’autres se joignirent à eux; les chefs, furieux de leur échec, demandaient à marcher de nouveau. Marina, qui avait reçu une balle à travers le bras, levait ce bras ensanglanté, en criant: «En avant!» Je livrai, pour seconder ces vaillants soldats, tout ce que je pus d’hommes du Vascello; la charge sonna, et la villa Corsini fut reprise.