—Que viens-tu faire ici? lui cria Manara. Blessé comme tu l’es, tu n’es bon à rien.
—Je vous demande pardon, mon colonel, répondit Monfrini, je fais nombre.
Ce brave jeune homme fut tué.
Le lieutenant Bronzelli, sachant que son soldat d’ordonnance, auquel il portait une grande affection, était tombé mort à la villa Corsini, prit quatre hommes résolus, rentra la nuit dans la villa et enleva le cadavre de son ami, qu’il enterra religieusement.
Un soldat milanais, d’Alla Longa, vit tomber le caporal Fiorani, blessé à mort; c’était au moment où nous étions repoussés. Il ne voulait pas laisser son corps aux mains des Français. Il le chargea mourant sur ses épaules. Au bout de vingt pas, une balle l’atteignit lui-même, et il tomba mort près du mourant.
La douleur du lieutenant Émile Dandolo attrista toute l’armée. J’ai dit qu’il était, avec Mameli, venu me demander de faire une dernière charge, et que je leur avais accordé leur demande.
Dandolo pénétra dans la villa Corsini, mais il ne s’occupa que d’une chose, de son frère; il le croyait blessé seulement ou prisonnier. Au milieu du feu, il cria à ses compagnons: «Voyez-vous mon frère?» et, ne s’inquiétant pas de lui-même, il s’approchait des blessés et des morts, interrogeant les blessés, examinant les morts.
Sur ces entrefaites, il reçut une balle à travers la cuisse et tomba.
Ses compagnons l’emportèrent.
Conduit à l’ambulance, il y fut pansé; une fois pansé, il prit un bâton pour se soutenir et, tout en boitant, se remit à la recherche de son frère. Il entra dans la maison où était Ferrari; là aussi était le cadavre d’Henri Dandolo. Ferrari, se sentant trop faible pour assister aux éclats d’une douleur comme celle qu’il pressentait, jeta un manteau sur le mort.