Émile entra, interrogea, insista; tous répondirent qu’Henri Dandolo avait été blessé; que, selon toute probabilité, il était prisonnier; mais nul ne voulut dire qu’il était mort.
Enfin, comme il fallait que, tôt ou tard, Émile Dandolo sût la fatale nouvelle, on décida, à force d’instances, Manara à la lui annoncer. Au moment où le jeune lieutenant passait devant une des petites cassines prises par les Français, Manara lui fit signe d’entrer.
Tous ceux qui étaient dans la chambre s’éloignèrent.
—Ne cherche pas ton frère plus longtemps, mon pauvre ami, lui dit Manara en lui prenant la main; c’est moi qui désormais serai ton frère.
Émile tomba immédiatement à terre, foudroyé plus encore par la terrible nouvelle qu’affaibli par le sang perdu et par la douleur de sa blessure.
Deux jeunes filles se trouvèrent tout à coup en face de leur père, que l’on rapportait mort; l’une d’elles tomba évanouie sur le cadavre et se releva folle.
Une mère, voyant son fils expirer, ne put verser une larme; seulement, trois jours après, elle était morte.
Tout au contraire, un père, dont je cacherai le nom pour ne pas le dénoncer à la haine des prêtres, ayant son premier fils frappé et près de mourir, m’amena le second, âgé de treize ans, en me disant:
—Apprends-lui à venger son frère.
Son aïeul, le vieil Horace, n’eût pas fait mieux.