XVIII
LE SIÉGE

Craignant un assaut pour le lendemain, je chargeai Giaccomo Medici de la défense de toute notre ligne avancée, qui se composait maintenant du Vascello et de trois ou quatre baraques reprises par nous sur les Français.

Puis je passai la nuit à organiser nos moyens de défense.

Il ne s’agissait plus de sauver Rome. Du moment où une armée de quarante mille hommes, traînant trente-six pièces de canon de siége, peut faire ses travaux d’approche, la prise d’une ville n’est plus qu’une question de temps.

Il faut un jour ou l’autre qu’elle tombe; le seul espoir qui lui reste est de tomber glorieusement.

J’établis, le même soir, mon quartier général dans le casino Savorelli, qui, s’élevant par-dessus les remparts, domine la porte Saint-Pancrace et permet de voir tout ce qui se passe dans le Vascello, dans la villa Corsini et dans la villa Valentini.

Il est vrai que j’étais à une demi-portée de carabine des tirailleurs français. Mais qui ne risque rien n’a rien.

Je chargeai un brave carettiere de me trouver des travailleurs et de s’occuper de toutes les petites douceurs dont mes hommes pouvaient avoir besoin pendant la fatigue, verre de vin et goutte d’eau-de-vie. C’était un brave patriote qui, plus tard, paya cher son patriotisme; il s’appelait Ciceravacchio de son surnom, et de son nom Angelo Brunetto.

Jamais il ne voulut recevoir un sou, ni pour ses travaux ni pour ses fournitures.

Il y a des hommes en ce monde dans l’âme desquels Dieu souffle une dose plus grande de perfectibilité. Dans les jours tranquilles, ils travaillent au soulagement ou à l’instruction de l’humanité, et ils s’efforcent à rendre facile la marche du progrès; alors ils s’appellent Gutenberg, Vincent de Paul, Galilée, Vico, Rousseau, Volta, Filangieri, Franklin.