Cela l’arrangeait ainsi; il était horriblement fatigué d’avoir veillé les deux nuits précédentes, et, après le dîner, il me demanda à se retirer pour prendre un peu de repos.

—Couche-toi sur mon lit, si tu veux, dit Manara, soit qu’il parlât sérieusement, soit qu’il poursuivît la plaisanterie. Au nom de Dieu, je ne veux pas que tu sortes!

Vecchi se jeta sur le lit de Manara.

Une heure après, je voyais des officiers français qui plaçaient des gabions dans la tranchée ouverte vis-à-vis de notre bastion. Je cherchai autour de moi un officier pour diriger contre eux le feu d’une douzaine de tirailleurs.

Je ne sais où j’avais envoyé tout mon monde, mais j’étais seul.

Je pensai au pauvre Vecchi, lequel dormait les poings fermés. J’avais conscience de le réveiller, mais les boulets faisaient un ravage horrible. Je le tirai par la jambe; il ouvrit les yeux.

—Allons, lui dis-je, voilà vingt-quatre heures que tu dors, la prédiction de Manara n’est plus à craindre. Prends-moi une douzaine des meilleurs tireurs et caresse-moi les côtes de ces gaillards-là.

Vecchi, qui est très-brave, ne se fit pas tirer l’oreille. Il prit douze bersaglieri amateurs, et alla s’embusquer avec eux derrière une barricade gabionnée qu’élevait, avec l’aide de sapeurs, un lieutenant d’ordonnance nommé Pozzio.

De là, il commença sur les Français un feu si meurtrier, qu’ils répondirent par des boulets de canon à ses balles ou plutôt à celles de ses bersaglieri.

Une demi-heure après, on vint me dire: