—Vous savez, général, le pauvre Vecchi est tué!

J’éprouvai un coup dans le cœur. J’étais cause de sa mort, et je me la reprochai. Mais, au bout d’une heure, à ma grande joie, je le vis revenir.

—Ah! pardieu! lui dis-je, laisse-moi t’embrasser, je te croyais mort!

—Je n’étais qu’enterré, me répondit-il.

—Comment?

Alors il me raconta qu’un boulet avait coupé un sac de terre, qui s’était répandu sur lui; qu’au même moment ce sac de terre, en se vidant, avait fait perdre leur aplomb aux autres, lesquels étaient tombés à dix ou douze sur sa tête et l’avaient littéralement enseveli.

Mais une chose était arrivée, plus pittoresque que ne l’eût été la mort même de Vecchi. Le même boulet qui l’avait enterré avait été frapper contre la muraille, et, en revenant, avait brisé les reins d’un jeune soldat. Le jeune soldat, placé sur une civière, avait croisé les mains sur sa poitrine, avait levé les yeux au ciel et avait rendu le dernier soupir.

On allait le porter à l’ambulance, lorsqu’un officier s’était précipité sur le cadavre et l’avait couvert de baisers.

Cet officier était Pozzio. Le jeune soldat était Colomba Antonietti, sa femme, qui l’avait suivi à Velletri et avait combattu à ses côtés le 3 juin.

Cela me rappela ma pauvre Anita, qui, elle aussi, était si calme au milieu du feu, et que, bon gré mal gré, j’avais laissée à Rieti.