J’avoue que ma surprise fut grande, et que je ne fus pas des derniers à me ranger à l’avis de ceux qui croyaient à une trahison.

Suivi de Manara et du capitaine Hoffstetter, j’arrivai sur les lieux juste au moment où les bersaglieri, toujours éveillés et toujours prêts, se tenaient déjà réunis dans la rue qui conduit à San-Pancracio.

La légion italienne, prévenue, me suivait au pas de course; deux cohortes du colonel Sacchi venaient ensuite.

Sacchi envoya aussitôt une compagnie reconnaître les lieux; mais, arrivée au second bastion, elle fut contrainte, vu le nombre des Français, de se retirer dans la casa Gallicelli.

La terrible nouvelle était déjà répandue par la ville; le triumvirat, prévenu, fit sonner le tocsin. A ce bruit, chaque maison sembla rejeter ses habitants; en un instant, les rues se remplirent de monde.

Le général en chef Roselli, le ministre de la guerre, tout l’état-major et Marini lui-même accoururent au Janicule.

Le peuple en armes nous entourait et demandait à chasser les Français des murailles.

Le général Roselli et le ministre de la guerre étaient de cet avis; mais je me déclarai contre.

Je craignais la confusion que jetterait dans nos rangs toute cette multitude, l’irrégularité des mouvements, les paniques si communes de nuit chez les gens non habitués au feu, et même, comme nous l’avions vu dans, la nuit du 10, chez les gens qui y sont habitués.

Je demandai donc positivement que l’on attendît au matin.