Après un combat de quelques minutes, nous étions maîtres du camp; l’ennemi était en pleine fuite et passait le Zapevi.
Le résultat de cette opération fut d’abord le retour au Salto de toutes les familles qui avaient été entraînées violemment hors de chez elles.
Nous fîmes à peu près cent prisonniers à l’ennemi, et lui prîmes beaucoup de chevaux, de bœufs, de munitions et une pièce d’artillerie, la même qui avait tiré sur nous à l’attaque de l’Hervidero; elle était de fonderie italienne et portait sur le bronze le nom de son fondeur, Cosimo Cenni, et la date 1492.
Cette expédition fit le plus grand honneur à la légion et eut de grandes conséquences. Environ trois mille habitants rentrèrent dans leurs foyers.
Dirigés par Anzani, mes légionnaires s’occupèrent aussitôt d’élever une batterie sur la place de la ville, position qui dominait les alentours.
J’envoyai des courriers au Brésil pour me mettre en communication avec les réfugiés, et, grâce à eux, commença la réorganisation d’une armée de campagne.
En peu de temps, la batterie fut construite et armée de deux canons; si bien que, le soir du 5 décembre 1845, elle se trouva prête à répondre aux attaques du général Urquiza, qui se présenta, dans la matinée du 6, avec trois mille cinq cents hommes de cavalerie, huit cents d’infanterie, et une batterie de campagne.
Mes dispositions furent celles que l’on prend quand on veut centupler les forces matérielles par l’influence morale.
J’ordonnai à l’escadre de se retirer et de ne pas laisser une seule barque à notre portée. Je répandis mes hommes dans les ruelles, les leur faisant barricader et ne laissant ouvertes que les principales rues. Je publiai un ordre du jour énergique, et j’attendis Urquiza, qui, confiant dans sa force, avait déclaré à ses soldats que les hommes qu’ils avaient en face d’eux avaient des cœurs de poule.
Vers les neuf heures du matin, il nous attaqua sur tous les points; nous lui répondîmes par des feux de tirailleurs sortant de toutes les ruelles et par le feu de nos deux pièces de canon.