Le moment venu, et lorsque je le vis étonné de notre résistance, je le fis charger par deux compagnies de réserve, et il se retira honteusement, laissant bon nombre de morts et de blessés dans les maisons dont il avait commencé de s’emparer, et ne gagnant rien à son attaque que de nous emporter quelques bestiaux, et cela encore par la faute du piquet d’une embarcation de guerre anglaise qui, unie à un bâtiment français, nous avait suivis jusqu’au Salto.

Ces deux embarcations avaient offert de nous aider à défendre le pays; le piquet anglais changea en fort une maison qui défendait le Corral, où étaient enfermées environ six cents bêtes. L’ennemi envoya un détachement de son infanterie sur ce point; les soldats anglais furent pris d’une terreur panique, de sorte que, les uns s’enfuyant par les fenêtres, les autres par la porte, ils laissèrent toute facilité aux soldats d’Urquiza d’emmener les animaux.

Pendant vingt-trois jours, l’ennemi renouvela ses attaques sans obtenir aucun résultat.

La nuit venue, c’était notre tour; nous ne lui laissions pas un moment de repos. Nous manquions de viande; mais nous mangeâmes nos chevaux. Enfin, convaincu de l’inutilité de ses efforts, Urquiza prit le parti de se retirer, avouant qu’il avait, dans ses diverses attaques contre nous, perdu plus de monde qu’à la bataille d’India-Muerte.

L’ennemi, en se retirant, essaya de s’emparer de mes embarcations pour passer l’Uruguay; mais, grâce à ma surveillance, son projet ayant échoué, il fut obligé de traverser le fleuve douze lieues au-dessous; après quoi, il revint camper dans les champs de Camardia, en face du Salto.

Pendant qu’Urquiza tenait ce campement, je fis, en plein jour, passer le fleuve à quelques hommes de cavalerie, protégés par nos embarcations et par notre infanterie.

Cette petite troupe attaqua les hommes qui gardaient un immense troupeau de chevaux paissant dans les pampas, et, chassant une centaine de chevaux devant elle pour remplacer ceux que nous avions mangés, leur fit passer le fleuve et me les amena avant que l’ennemi fût revenu de sa surprise et tentât même de rien empêcher.

VIII
AFFAIRE DU SALTO SAN-ANTONIO

Cependant le colonel Baez, venant du Brésil, s’était réuni à nous, avec deux cents hommes environ de cavalerie.

Le général Medina rassemblait des forces, et nous l’attendions de jour en jour. En effet, le 7 février 1846, je reçus un message de lui qui m’avisait que, le jour suivant, il se trouverait sur les hauteurs du Zapevi avec cinq cents cavaliers.