Elle se dirigea, tout en fuyant, vers notre zapère, auquel arrivaient déjà les balles ennemies.
Alors, comprenant que la vraie résistance était avec mes braves légionnaires, et qu’où ils seraient serait le combat, je m’élançai dans leur direction; mais, comme j’arrivais aux premiers rangs, au milieu du feu ennemi, je sentis tout à coup mon cheval qui manquait sous moi et qui, en tombant, m’entraînait dans sa chute.
Ma première idée fut qu’en me voyant tomber, mes hommes allaient me croire mort et que cette croyance pouvait mettre le trouble parmi eux. En tombant, j’eus donc la présence d’esprit de prendre un pistolet dans mes fontes, et, me relevant aussitôt, de le tirer en l’air pour que l’on vît bien que j’étais sain et sauf.
On eut, en effet, à peine le temps de me voir à terre, que j’étais déjà relevé et au milieu des miens.
Cependant l’ennemi s’avançait toujours, fort de douze cents hommes de cavalerie et de trois cents d’infanterie.
Abandonnés par notre cavalerie, nous étions restés cent quatre-vingt-dix hommes en tout. Je n’avais pas le temps de faire un long discours; d’ailleurs, ce n’est point ma manière. J’élevai la voix et ne dis que ces mots:
—Les ennemis sont nombreux, nous sommes en petit nombre; tant mieux! moins nous sommes, plus le combat sera glorieux. Du calme! Ne faisons feu qu’à bout portant, et chargeons à la baïonnette.
Ces paroles étaient dites à des hommes sur lesquels chaque mot faisait l’effet d’une étincelle électrique.
D’ailleurs, toute autre détermination eût été funeste. A un mille environ, sur notre droite, nous avions l’Uruguay avec quelques massifs de bois; mais une retraite, dans un pareil moment, eût été le signal de notre perte à tous; je l’avais compris, aussi je n’y songeai même pas.
Arrivée à soixante pas de nous, à peu près, la colonne ennemie fit une décharge qui nous causa un grand dommage; mais les nôtres lui répondirent par une fusillade bien autrement meurtrière, d’autant plus que nos fusils étaient chargés, non-seulement à balles, mais encore à chevrotines.