Aussi commença-t-on par nous refuser des armes: un homme à lunettes, occupant une place importante au ministère, dit tout haut que c’étaient des armes perdues et que Garibaldi était un sabreur, et pas autre chose.
Nous répondîmes que c’était bien; que, quant aux armes, nous nous en procurerions, mais qu’on voulût bien nous donner, au moins, des uniformes.
On nous répondit qu’il n’y avait pas d’uniformes; mais on nous ouvrit les magasins où se trouvaient des habits autrichiens, hongrois et croates.
C’était une assez bonne plaisanterie à l’endroit de gens qui demandaient à se faire tuer en allant combattre les Croates, les Hongrois et les Autrichiens.
Tous ces jeunes gens, qui appartenaient aux premières familles de Milan, dont quelques-unes étaient millionnaires, refusèrent avec indignation.
Cependant il fallut se décider; on ne pouvait pas combattre, les uns en frac, les autres en redingote; nous prîmes les habits de toile des soldats autrichiens, ceux qu’on appelle ritters, et nous en fîmes des espèces de blouses.
C’était à mourir de rire: nous avions l’air d’un régiment de cuisiniers. Il eût fallu avoir l’œil bien exercé pour reconnaître, sous cette toile grossière, la jeunesse dorée de Milan.
Pendant qu’on retaillait les habits à la mesure de chacun, on se procurait des fusils et des munitions par tous les moyens possibles.
Enfin, une fois armés et habillés, nous nous mîmes en marche sur Bergame, en chantant des hymnes patriotiques.
Quant à moi, j’avais sous mes ordres environ cent quatre-vingts jeunes gens, presque tous, je l’ai dit, des premières familles de Milan.