Vers cinq heures, nous étions près de Cascia, petite réunion de maisons groupées sur le sommet d’une colline verdoyante; le vent avait chassé les nuages, le soleil brillait sur les sommets neigeux et en faisait des montagnes d’argent se détachant sur un fond d’azur qui tournait au rose vif vers le couchant.

Nous nous reposions prés d’une hutte de paille, lorsque quatre jeunes gens vinrent nous demander qui nous étions. Au nom de Garibaldi, ils partirent en courant, et, un quart d’heure après, le gonfalonier, les notabilités, la garde nationale, la foule, musique en tête, accoururent à notre rencontre pour inviter le général à venir jusqu’au village.

On dressa, comme avec une baguette de fée, un arc de triomphe de feuillage; le théâtre fut illuminé; il y eut dîner et bal dans la maison du gouverneur, qui, cependant, était un fier clérical.

Je me rappelle que, là, on présenta à Garibaldi un paysan poëte qui avait dicté—il ne savait ni lire ni écrire—tout un poëme sur la vie pastorale.

Vers neuf heures, un voisin me souffla tout bas à l’oreille qu’un jeune garçon de quinze ans languissait dans la prison communale, abruti par les coups et les mauvais traitements de son père, qui, s’étant remarié, à l’âge de soixante ans, avec une jeune paysanne, avait, à l’instigation de celle-ci, accusé son fils de lui avoir manqué de respect.

Le gouverneur reçut une vingtaine d’écus et jeta l’enfant en prison.

Je constatai le fait et j’en parlai au général.

Le père fut mandé, ainsi que le malheureux enfant. Ce fut une scène comique et hideuse à la fois. Le père voulait bien que l’on fît sortir son fils de prison; mais il réclamait naïvement la somme qu’il avait donnée pour l’y faire entrer. L’enfant pleurait à chaudes larmes et embrassait Garibaldi; quant au gouverneur, il ne savait quelle contenance garder. A la fin, il harangua le peuple du haut du balcon, et l’enfant fut porté en triomphe par tous les gamins du village.

Le lendemain, à cinq heures du matin, un détachement de la garde nationale partit avec nous, par une pluie fine et pénétrante.

Il nous accompagna jusqu’à Rieti, et escorta un employé des finances, emprisonné dans l’endroit où nous déjeunâmes, lequel était un espion payé par le général bourbonnien Landi, commandant la colonne mobile à la frontière des États romains.