»Par la première, on forcera les troupes ennemies qui campent sur le Monte-Mario, et ensuite on pourra occuper la porte Angelica.
»Lorsque nos troupes auront occupé ces deux points, nous pousserons l’ennemi avec toute la force possible, en tout sens, et le point général de ralliement sera la place Saint-Pierre.
»On recommande surtout d’épargner le sang français.»
L’idée du général français non-seulement était mauvaise, mais encore fut mal exécutée; nous allons essayer de le prouver.
La route qui mène de Civita-Vecchia à Rome se sépare en deux, à quinze cents mètres, à peu près, des murailles; à droite, elle mène à la porte San-Pancracio; à gauche, à la porte Cavallegieri, voisine de l’angle saillant du Vatican.
Voulant suivre le plan arrêté et prendre par derrière le Monte-Mario, puis assiéger la porte Angelica, l’armée française, arrivée à la bifurcation, devait tourner, avec une brigade, à gauche dans la direction de l’aqueduc Paolo, et, avec l’autre, prendre à droite, vers le casale de San-Pio, et tenter de s’emparer de la porte Cavallegieri.
Là fut l’erreur grave que commirent les Français. Ils lancèrent sur la droite les voltigeurs du 20e de ligne, qui trouvèrent un terrain âpre, coupé de bois et d’un accès difficile, et, sur les hauteurs de gauche, les chasseurs de Vincennes; à cent cinquante mètres environ des murs, ces braves enfants perdus de l’armée ennemie furent foudroyés par la grêle de mitraille que vomissait la batterie du bastion San-Mario.
Cependant le mal fut moins grand pour eux qu’il aurait pu l’être, à cause de cette habileté, conquise dans la guerre contre les Arabes, de se faire des remparts de tous les accidents de terrain.
De leur côté, leur feu, admirablement dirigé, nous causait de grandes pertes. C’est là que furent tués: le lieutenant Marducci, jeune homme de la plus grande espérance, dont la mère, depuis la rentrée du pape Pie IX, fut condamnée à huit jours de prison pour avoir déposé des fleurs sur la tombe de son fils; l’adjudant-major Enrico Pallini, le brigadier della Ridova, le capitaine Pifferi, le lieutenant Belli et quelques autres, obscurs pour le monde mais chers à nous, tels que de Stephanis, Ludovic et le capitaine Leduc, brave Belge qui avait combattu pour nous dans la guerre de l’indépendance.
Mais les vivants ne manquaient pas pour succéder aux morts.