Dès le matin, le roulement des tambours annonça aux Romains l’approche des Français, et, en un instant, les murs et les bastions furent couverts d’hommes.
Pendant que le feu des voltigeurs du 20e de ligne et celui des chasseurs de Vincennes répondaient au nôtre, le gros de la colonne française continuait de s’avancer.
Au moment où elle apparut, une batterie de quatre pièces, placée sur un bastion, commença de la mitrailler.
Le général français établit aussitôt sur les aqueducs une batterie, chargée de répondre à notre feu, et fit monter, sur une colline, deux autres pièces qui firent face aux jardins du Vatican, où se trouvaient peu de soldats, mais une immense quantité de peuple en armes.
Notre feu s’étant ralenti un instant à cause de la justesse de tir des chasseurs de Vincennes, le général français lança la brigade Molière, qui s’avança bravement jusqu’au pied des murailles; mais, comme je l’ai dit, les morts avaient été rapidement remplacés, et le feu se ranima plus ardent, écrasant les têtes des colonnes Marulaz et Bouat; force leur fut donc de battre en retraite et de chercher un abri dans les plis du terrain.
Garibaldi suivait tous ces mouvements des jardins de la villa Pamphili. Il jugea que le moment de donner à son tour était arrivé, et il glissa plusieurs petits détachements à travers les vignes; mais cette manœuvre fut découverte, et, du 20e de ligne, on envoya un renfort pour empêcher que les chasseurs de Vincennes ne fussent surpris, et pour les protéger.
Garibaldi fit dire alors que, si on lui envoyait un renfort de mille hommes, il répondait du succès de la journée.
On lui envoya aussitôt le bataillon du colonel Galleti et le premier bataillon de la légion romaine, commandé par le colonel Morelli. Il disposa plusieurs compagnies pour défendre les passages menacés; d’autres furent chargés de protéger les flancs et les derrières de la sortie, et, à la tête de tout ce qui lui restait d’hommes, il s’élança sur les Français.
Par malheur, du haut des remparts, les nôtres prirent les hommes de Garibaldi pour des soldats du général Oudinot, et firent feu sur eux. Garibaldi s’arrêta jusqu’à ce que l’erreur fût reconnue, et alors, à la baïonnette, il s’élança à ciel ouvert sur le centre de l’armée française.
Là s’engagea un combat terrible entre les tigres de Montevideo, comme on les appelait, et les lions d’Afrique. Français et Romains se battaient corps à corps, se poignardaient à la baïonnette, luttaient, se renversaient, se relevaient.