Aussitôt elle s’enveloppa d’un voile, se jeta dans sa voiture et ordonna de retourner à Palerme.
A peine y fut-elle arrivée, qu’elle écrivit au prince de Carini que son confesseur, en expiation de ses péchés, lui avait ordonné de se raser les sourcils et les cheveux, et d’entrer pendant un an dans un monastère.
IX.
Le 1er mai 1805, il y avait fête au château de Castelnuovo; Pascal Bruno était de bonne humeur, et donnait à souper à un de ses bons amis, nommé Placido Meli, honnête contrebandier du village de Gesso, et à deux filles que ce dernier avait ramenées avec lui de Messine dans l’intention de passer une joyeuse nuit. Cette attention amicale avait sensiblement touché Bruno, et, pour ne pas demeurer en reste de politesse avec un si prévoyant camarade, il s’était chargé de faire les honneurs de chez lui à la société; en conséquence, les meilleurs vins de Sicile et de Calabre avaient été tirés des caves de la petite forteresse, les premiers cuisiniers de Bauso mis en réquisition, et tout ce luxe singulier, auquel se plaisait parfois le héros de notre histoire, déployé pour cette circonstance.
L’orgie allait un train du diable, et cependant les convives n’étaient encore qu’au commencement du dîner, lorsque Ali apporta à Placido un billet d’un paysan de Gesso. Placido le lut, et froissant avec colère le papier entre ses mains:
—Par le sang du Christ! s’écria-t-il, il a bien choisi son moment!
—Qui cela, compère? dit Bruno.
—Pardieu! le capitaine Luigi Cama de Villa-San-Giovani.
—Ah! dit Bruno, notre fournisseur de rhum?
—Oui, répondit Placido: il me fait prévenir qu’il est sur la plage, et qu’il a tout un chargement dont il désire se débarrasser avant que les douaniers n’apprennent son arrivée.