—Les affaires avant tout, compère, dit Bruno. Je t’attendrai; je suis en bonne compagnie; et sois tranquille, pourvu que tu ne sois pas trop longtemps, tu retrouveras de tout ce que tu laisses, et plus que tu n’en pourras prendre.

—C’est l’affaire d’une heure, reprit Placido paraissant se rendre au raisonnement de son hôte; la mer est à cinq cents pas d’ici.

—Et nous avons toute la nuit, dit Pascal.

—Bon appétit, compère.

—Bon voyage, maître.

Placido sortit, Bruno resta avec les deux filles, et, comme il l’avait promis à son convive, l’entrain du souper ne souffrit aucunement de cette absence; Bruno était aimable pour deux, et la conversation et la pantomime commençaient à prendre une tournure des plus animées, lorsque la porte s’ouvrit et qu’un nouveau personnage entra: Pascal se retourna et reconnut le marchand maltais dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, et dont il était une des meilleures pratiques.

—Ah! pardieu! dit-il, soyez le bienvenu, surtout si vous apportez des pastilles du sérail, du tabac de Latakié, et des écharpes de Tunis: voilà deux odalisques qui attendent que je leur jette le mouchoir, et elles aimeront autant qu’il soit brodé d’or que s’il était de simple mousseline. A propos, votre opium a fait merveille.

—J’en suis aise, répondit le Maltais; mais en ce moment je viens pour autre chose que pour mon commerce.

—Tu viens pour souper, n’est-ce pas? Assieds-toi là, alors, et une seconde fois sois le bienvenu: voilà une place de roi; en face d’une bouteille et entre deux filles.

—Votre vin est excellent, j’en suis sûr, et ces dames me paraissent charmantes, répondit le Maltais, mais j’ai quelque chose d’important à vous dire.