Au bout de dix minutes, il dit vite à Simon:

—Prends dans le paletot une fiole roulée dans du cuir… Verse-la sur le ventre et frictionne-le à faire venir le sang…

Et aussitôt, continuant à faire des pressions sur l'estomac, il replaça sa bouche sur les lèvres du cadavre.

C'était un étrange tableau que celui de ces deux hommes penchés sur ce corps livide, dans le tombeau, à la lueur vacillante des cierges, et faisant des efforts surhumains pour lui rendre la vie. Le silence sépulcral n'était troublé que par le bruit monotone de l'eau qui gloussait dans la gargouille du monument, et qui, inondant les allées, se glissait sous la porte et commençait à mouiller l'escalier.

Ce n'était pas le visage de Pierre qui était le plus blême; Simon épouvanté obéissait au vieux Rig; mais on sentait en lui la désespérance, et chaque fois que son regard se portait sur le vieux sauvage, on devinait la résolution absolue de faire payer à l'ancien matelot la mort de son maître.

Deux longues heures se passèrent ainsi sans résultat… On sait comme elles sont cruelles les heures du désespoir. Le vieux Rig replaça son oreille sous le sein gauche et jeta une exclamation.

—Vite, vite. Simon, prends ma place, fais-le respirer… Il vivra…

La figure du matelot s'illumina; obéissant, il reprit les fonctions de
Rig…

Nous ne voulons pas qu'on croie, en écrivant ces lignes, que nous faisons de la fantaisie, de l'invraisemblable! C'est au regretté savant Claude Bernard, qui a préconisé la respiration artificielle pour faire revenir à la vie un sujet empoisonné par le curare, que nous prenons tous nos renseignements.

«On doit pratiquer alors des pressions alternatives sur le ventre et la poitrine; ces pressions ont pour but de chasser l'air des poumons, et, dans l'intervalle des pressions, on insuffle de l'air par la bouche, en ayant soin d'agir doucement pour que le courant d'air introduit dans le poumon ne vienne pas, par sa vitesse et sa force excessive, rompre les alvéoles pulmonaires; on doit s'efforcer, dans ces deux temps de la respiration artificielle, de se rapprocher de la respiration normale.