Seul, Pierre, assis dans le fauteuil, s'accouda sur l'appui de la fenêtre; il regarda longuement le panorama de Paris qui se développait devant lui dans les vapeurs ensoleillées du lever du jour.
La veille, le soleil était resté caché, la bise et la pluie attristaient tout, il semblait que la nature était en deuil. À cette aube, au contraire, les arbres étaient tout brillants de la pluie de la veille, et dorant l'horizon, miroitant dans les flaques d'eau des routes, scintillant à travers les feuilles, embrasant la plaine, avec le jour, le soleil paraissait, éclairant tous les vitraux; il incendiait les cadres dorés, il faisait sourire les vieux portraits, il illuminait la chambre, et dans ses rayons, dans les pétillements de sa poussière d'or, il jetait la lumière, la gaieté, la santé et l'amour.
Le visage de Pierre Davenne était à jamais immobile, le soleil l'éclairait sans le changer, et une pensée sombre dormait sous son front: la vengeance.
Le regard fixé sur Paris, il dit à mi-voix:
—Maintenant, épouse infidèle, Geneviève, tu es veuve, tu as été ingrate, indigne, infâme! Je te laisse la honte, la misère, le remords… et le désespoir… À toi, traître, à toi, faux ami, à toi, lâche, qui n'as pas reculé devant le déshonneur dont tu pouvais couvrir mon nom… je garde ma haine… À toi qui as mordu la main qui te soutenait, je veux rendre le mal fait… Tu m'as fait souffrir par mon amour… L'amour que je te mettrai au cœur te tuera… Tu n'as pas reculé pour être riche devant le crime, devant la séduction de la femme sacrée de l'ami, du frère qui te faisait vivre…, tu auras la ruine, et je porterai chez toi, Fernand, la banqueroute, l'adultère et la misère… Et tout cela dans la honte, pour qu'il n'y ait autour de toi ni merci, ni pitié… rien que du mépris et de la haine! Elle! elle… nous verrons après…
La porte s'ouvrit: c'était Simon amenant la petite Jeanne, qui venait dire bonjour à son père.
XI
LES LETTRES LAISSÉES PAR PIERRE DAVENNE.
Fernand, ramenant la jeune veuve chez elle, avait cherché à la consoler du passé en parlant de l'avenir; connaissant l'amour profond de Geneviève pour son enfant, c'est de la petite Jeanne qu'il parlait, c'est à cause d'elle qu'il espérait que la malheureuse femme devrait l'écouter; mais Geneviève avait répondu:
—C'est pour Jeanne que je consens à vivre, sans elle je me tuerais… Aujourd'hui, je vois l'étendue de ma faute; couverte de honte, rongée par les remords, je n'ai qu'un devoir: racheter par une vie nouvelle, toute de sacrifice, ma conduite passée.