—Geneviève, reprenait Fernand, il n'y a pas de sacrifice à faire… il faut vivre pour ton enfant, il faut que tu aies un nom respecté, il faut lui garder une fortune qui assurera son avenir…

—Elle a pour elle la fortune de son père…

—Non, Geneviève, cela ne suffit pas… Il ne faut plus parler du malheur survenu; tu ne peux à ton âge rester veuve… L'amour que j'avais pour toi est resté le même, malgré ce qui s'est passé entre nous depuis la catastrophe… Mais je fais la part de la douleur, de l'état nerveux dans lequel tu es… Geneviève, tu deviendras ma femme.

La jeune veuve eut un frisson, son être se révoltait d'entendre les projets de Fernand quand le corps de Pierre était à peine refroidi; et comme elle n'avait pas la force de se révolter contre lui, qu'elle était dominée, un mot glissa de ses lèvres…

—Oh! le châtiment.

Si bas qu'il fût dit, Fernand l'entendit, son front se plissa et il reprit d'un ton sec:

—Au reste, Geneviève, il est trop tard aujourd'hui pour reculer… tu ne seras à personne qu'à moi…

Cette phrase fut dite d'un ton tel que Geneviève releva les yeux; son regard se croisa avec celui de Fernand… elle le baissa aussitôt, et de grosses larmes coulèrent sur ses joues. Jusqu'à la rue Payenne, les étranges amants n'échangèrent plus une parole; lorsqu'ils arrivèrent, la pluie commençait à tomber.

La rentrée dans la maison mortuaire fut sinistre; en montant l'escalier, les forces manquèrent à la malheureuse femme et Fernand fut obligé de la soutenir. Des sanglots déchirants roulaient dans sa gorge, l'étouffant…

Et la maison était lugubre dans le mortel silence qui l'emplissait; le gloussement de l'eau au dehors, les sifflements de bise dans les pièces vides dont toutes les portes étaient ouvertes… et répandue dans l'atmosphère cette odeur pénétrante de la sciure qui sert à l'ensevelissement… tout cela glaçait la moelle des os.