»Tu étais malheureuse et sans famille, je t'ai faite riche et aimée; je t'adorais… tu m'as trompé!… Sois maudite!…

»Je meurs par toi et pour toi, mais après avoir disposé de tous mes biens… Je te lègue la misère… et l'abandon… Sois maudite!…

»Femme ingrate, épouse indigne, tu n'as plus le droit d'être mère…
Je te lègue ton amant… Sois maudite!…

»Pierre DAVENNE.»

Geneviève jeta un cri et se laissa tomber à genoux, la tête dans ses mains, penchée sur le fauteuil et comme écrasée sous cette malédiction posthume.

Fernand était devenu pâle en trouvant une autre lettre qui portait son nom; il l'ouvrit et lut:

«Je suis convaincu que tu seras avec ta complice, au retour du cimetière, pour partager mes dépouilles… Ingrat et infâme, tu dois avoir ta part dans ce testament…

»Je te lègue la banqueroute!…

»Lâche! sois maudit!»

Fernand passa plusieurs fois la main sur son front, ne pouvant croire ce qu'il avait lu… Puis, se redressant et revenant au côté pratique du but qu'il poursuivait, il alla fouiller les meubles. Les meubles, si solidement fermés le matin même, étaient ouverts, béants. Il mit la main sur le portefeuille de Pierre dans lequel il trouva des fiches de l'agent de change qui avait liquidé les valeurs… C'était vrai, la caisse était vide, il ne restait que le mobilier qui meublait la maison et dont la vente couvrirait à peine les dettes journalières… Il resta un instant silencieux; un sourire singulier glissa sur ses lèvres, puis, son regard tombant sur Geneviève éplorée, il dit bas en hochant la tête: