Et ayant envoyé chercher une voiture, il se fit conduire à la gare de Lyon. Il demanda si le train d'Italie était arrivé. Le train était signalé et allait entrer en gare. Il alla se placer aussitôt à la petite porte grillée par laquelle sortent les voyageurs.
Quelques minutes après le sifflet strident de la locomotive annonçait l'arrivée en gare du train, et aussitôt la salle était envahie par les voyageurs, portant des sacs et des bagages… Fernand fouillait du regard tous les arrivants pour reconnaître ceux qu'il attendait.
Un groupe nombreux stationnait devant la porte de la salle des bagages, et tous les autres voyageurs étaient sortis, les employés de l'octroi allaient quitter la petite porte et Fernand contrarié pensait à se retirer, lorsque, au moment où l'on allait fermer la porte du quai d'arrivée, deux voyageurs suivis de deux domestiques partirent à leur tour: un vieillard et une jeune fille. Sur un signe du premier, les deux domestiques, un valet et une femme de chambre, attendirent à la porte pour s'occuper des bagages. Puis l'homme regarda autour d'eux et, apercevant Fernand, il se dirigea vers lui. Les deux hommes se saluèrent et le vieillard demanda:
—Monsieur Fernand Séglin?
—C'est moi!… Monsieur Danielo de Zintsky?
—Salut, meinher! dit le vieillard en tendant cordialement la main au jeune homme; puis, prenant la main de la jeune fille, il dit en la présentant:
—Ich habe die Ehre ihnen meine Nichte Iza vorzustellen… Mais, se reprenant aussitôt en voyant l'air étonné de Fernand, il dit avec un fort accent allemand:
—Je présente à vous ma nièce Iza Georgina de Zintsky…
Fernand, après avoir salué, releva la tête pour regarder la jeune fille; il resta comme ébloui de sa splendide beauté.
Elle paraissait dix-huit ans à peine; les yeux bruns avaient la douceur du velours; leurs cils longs et recourbés à l'extrémité jetaient de la langueur dans le regard, augmentant le brun des pupilles en rendant plus mat le blanc de l'orbite; le nez, légèrement busqué, était fin et franc de lignes; les narines roses, presque diaphanes, se dilataient suivant l'impression ressentie; les lèvres, d'un rouge ardent, étaient admirablement dessinées et formaient dans le rire un splendide écrin pour les dents d'une blancheur nacrée; les oreilles, toutes petites, étaient d'une transparence rose; le front était pur et superbe dans l'encadrement des cheveux si noirs qu'ils avaient les reflets bleus des ailes du corbeau. Nous pouvons dire la couleur, le ton des chairs et des cheveux; mais ce que nous ne pouvons peindre, c'est le charme, la grâce sauvage, l'allure étrange et distinguée de l'admirable femme; c'est ce corps charmant dans sa douce langueur, ce corsage robuste et fin, ces formes puissantes, et jeunes, et élégantes…