L'amour l'occupait tout entier, il était heureux, et rien ne pouvait amener un nuage sur son front. Il avait reçu de l'individu qui avait acheté la créance de Pierre Davenne une lettre absolument menaçante, il s'était contenté de hausser les épaules, et il avait écrit au coin:—Payer le 30,—puis il l'avait fait remettre à son caissier… Il était calme, il allait recevoir un million!…

Aussi la soirée s'annonçait-elle brillante. Fernand avait fait de doux reproches à sa femme; pendant une partie de la journée elle s'était absentée, et il avait été malheureux de cette absence; il disait en minaudant qu'il était jaloux… que ses regards ne lui appartenaient pas, qu'ils étaient à lui, qu'il ne voulait pas que d'autres eussent ses sourires; et Iza, faisant l'enfant, avait répondu que, voulant être la plus belle, elle avait été elle-même chez la couturière surveiller son travail… et ils s'étaient embrassés.

À huit heures, lorsqu'Iza monta dans sa chambre pour s'habiller, les tapissiers donnaient les derniers coups de marteau, et les jardiniers époussetaient et arrosaient les fleurs…

Les invitations portaient neuf heures; à dix heures, les salons étaient pleins; il y avait concert et bal, et le jardin, couvert d'un vaste velum, servait de promenade et de fumoir.

C'était une indéfinissable cohue, et sur les toilettes brillantes des femmes, sur les épaules nues, toutes scintillantes de bijoux, tranchaient les habits noirs des hommes.

Ce n'était que louanges sur la toilette, sur l'allure et surtout la beauté de la belle Mme Iza Séglin; elle faisait les honneurs de son salon avec une gaucherie pleine de grâce.

À dix heures et demie, le concert commença; les femmes étaient assises sur des fauteuils rangés en ligne devant l'estrade qui portait le piano. Les hommes se tenaient debout.

Le concert fut peu écouté; un grand murmure emplissait le salon. Les dames avaient hâte de voir le bal commencer.

Il était près de minuit lorsque les premiers quadrilles se formèrent… Alors la foule s'était divisée, des groupes étaient autour des tables de jeu, dressées dans le petit salon; d'autres, étouffant dans le grand salon, s'étaient réfugiés dans le jardin, où le bassin jetait une certaine fraîcheur.

Fernand se sentait revivre; il était entouré, choyé, envié; enfin le crédit, prêt à s'écrouler, était rétabli, tout le monde avait reçu avec empressement son invitation…