Il lui sembla qu'Iza avait en souriant répondu à son regard. Il ajouta avec rage:
—Mais cet homme est fou!…
Puis, regardant sa femme qui lui souriait à son tour, cherchant dans chaque mouvement de la valse à ne pas quitter son regard… il passa la main sur son front, et, haussant les épaules, il dit:
—C'est moi qui deviens fou, ma parole d'honneur!
Et tranquille il se dirigea dans le jardin et se mêla à ses invités.
Celui qu'Iza avait présenté comme le comte Otto, nos lecteurs le connaissent: c'était Georgeo Golesko, le beau bohémien, qu'elle avait été voir quelques jours avant son mariage.
Mais, à cette heure, l'enfant des Karpathes ne ressemblait guère au misérable que nous avons vu dans la hutte de Montrouge. Il était fort beau dans sa toilette de soirée, son teint chaud ressortait sur son col blanc. Il y avait de la superbe dans sa façon de porter la tête; sa tête magnifique dans ses longs cheveux frisés par le fer et sa gaucherie dans l'habit avaient une certaine distinction; il semblait réservé, embarrassé comme un étranger. Et dans les salons, sur son passage, maintes femmes avaient tourné la tête.
Vers trois heures du matin, un domestique vint dire à Fernand que M. Picard, qui assistait au commencement de la soirée, avait trouvé en rentrant chez lui une lettre de Jassy à l'adresse de Fernand et était revenu l'apporter. Picard demeurait dans la maison du boulevard Magenta où étaient les bureaux. Le domestique ajouta que Picard attendait.
—Dites à Picard de s'aller coucher, remerciez-le et montez la lettre dans ma chambre. Et calme, plus tranquille, car il ne doutait pas que la lettre ne le renseignât sur le banquier chez lequel il devait aller toucher,—calme, disons-nous, il se mit à une table de whist, où l'on demandait un quatrième.
Vers quatre heures tout le monde était parti, à part quelques amis plus intimes, avec lesquels Fernand se mit à table dans le jardin, devant le buffet, pour souper.