—J'ai dit à la petite fille de me donner des fleurs de son bouquet… et l'autre petite fille m'a montré alors une couronne… et elle a dit: Oh! non, nous ne donnons pas nos fleurs, nous allons les porter sur la tombe de petite mère qui est morte!… Nous allons prier pour elle.

Pierre était livide; il regardait son enfant, croyant qu'on lui avait dicté sa phrase… Mais la petite belle continuait, naïve, avec des mouvements d'ange:

—Pourquoi donc, dis, père, que nous n'allons jamais porter des fleurs sur la tombe de petite mère?… Pourquoi que nous n'allons pas prier pour elle?

Malgré les efforts qu'il fit, le malheureux ne put retenir les larmes qui l'étouffaient, et, prenant la tête de l'enfant dans ses mains, pleurant dans ses cheveux, il gémit:

—Oh! mon Dieu! que je suis malheureux!… Et je ne peux pas cependant l'empêcher d'aimer sa mère.

Et l'enfant, tout attristée, se mit à pleurer en voyant pleurer son père.

XV

LES VALEURS DE LA MAISON WILSON.

Le soir même, le caissier Picard, enfermé dans sa caisse, regardait sans cesse la pendule; chaque fois que la porte des magasins s'ouvrait, il penchait la tête pour voir celui qui entrait, et chaque fois ses doigts agacés égratignaient la molesquine verte de son fauteuil. Cinq heures venaient de sonner, tous les employés se hâtaient de partir; on n'entendait dans le magasin que le cri jeté par chacun au-dessus de la cloison ouverte du bureau de caisse:

—Au revoir, monsieur Picard…