—Donnez-les-moi!… L'affaire est arrangée, j'ai reçu un mot de lui: il vient déjeuner avec moi demain au retour d'un voyage court qu'il devait faire, et il touchera chez moi…
—Ah! bien, tant mieux… je ne vis plus depuis deux jours… Il me semble toujours que je vois arriver des protêts; ah! monsieur Séglin, j'en aurais fait une maladie…
—Mon cher Picard, désormais vous pouvez dormir tranquille…
Donnez-moi les fonds…
—Voici, monsieur!… et le caissier retira de dessous son gilet un vaste portefeuille; il décrocha la chaîne qui l'attachait après lui et en tira les liasses: Tenez, monsieur Séglin, comptez bien; un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept… Sept liasses de vingt billets de mille, ça nous fait cent quarante…
Les doigts de Fernand tremblaient en prenant les papiers…; jamais il n'avait ressenti pareille impression en touchant des sommes plus considérables… C'est qu'à cette heure la vie de Séglin était nouvelle: il allait changer d'existence, d'allures, de nom, et il allait rentrer riche dans la vie.
Picard, heureux de se débarrasser de l'argent et de la responsabilité qu'il entraînait, souriait à mesure qu'il le donnait.
—Vous avez cent quarante mille en papier, voici maintenant une liasse de six billets de cinq cents… cent quarante-trois mille.
Picard serra son portefeuille sous son gilet sans s'occuper de la chaîne cette fois, et, fouillant dans son gousset, il ajouta:
—Et voici deux rouleaux de mille francs chacun… Cent quarante-cinq mille francs.
—Bien, dit Fernand fiévreux en serrant précieusement ses billets et son or… Très bien! Maintenant, mon cher Picard…, il faut que vous me rendiez un service absolu… J'allais vous chercher pour cela, ce matin… C'est ce qui m'a fait lever d'aussi bonne heure…