—Vous! vous!

Et le vieux Rig regardait en dessous pour préparer une rapide retraite. Ne cherchant pas à comprendre ce qu'il voyait, tout honteux d'être venu se faire prendre lui-même, ayant déjà hâte d'être à l'abri, croyant échapper à un danger imaginaire, il venait de se jeter dans un danger plus réel; mais Fernand, au contraire, en voyant l'embarras et la surprise ou plutôt la stupéfaction de son oncle, comprit immédiatement que c'était au hasard qu'il devait sa visite, et la visite du vieux Moldave, pour Fernand, c'était la fortune, c'était le million qu'il avait tant attendu. Il s'empressa donc de montrer un siège à Rig, embarrassé, en lui disant:

—Mon oncle, asseyez-vous, nous avons longuement à causer. Arrivez-vous aujourd'hui? Avez-vous été à Auteuil? avez-vous des nouvelles d'Iza? Répondez.

Et, en disant ces mots, le regard perçant de Fernand ne quittait pas le vieux Rig. Mais le sauvage n'était pas un niais. Hésitant la première minute, lorsqu'il avait vu les façons de Fernand à son égard, il s'était remis aussitôt; jugeant rapidement la situation, il se hâtait de rentrer dans son rôle et, pour bien rassurer Fernand, il répondit:

—J'arrive à l'instant, on m'avait donné l'adresse de cette maison comme étant à louer. Le concierge en face, en me donnant votre nom, m'a dit que peut-être vous n'aviez pas l'intention de la garder. Je n'ai pas encore été à Auteuil, et c'est moi qui vous demande des nouvelles de ma chère Iza.

Le visage de Fernand changea tout à coup; il redevint gai, aimable, gracieux; au grand étonnement du sauvage, il s'empressa de répondre:

—Tout le monde va bien. Iza se porte à merveille, vous la verrez bientôt.

Il avait hâte de rassurer, ou plutôt de tromper celui qu'il croyait véritablement Danielo de Zintsky, sur sa situation présente. Le vieillard étant arrivé le matin même, ainsi qu'il l'avait dit, était depuis deux jours en voyage; il était donc impossible qu'Iza eût pu, même télégraphiquement, le renseigner sur ce qui s'était passé; il recevait avec affabilité Danielo qui devait naturellement apporter les sommes tant attendues, cette dot sur laquelle il avait compté pour son échéance.

Ce retard avait été la cause de sa perte; mais, en même temps, il le sauvait aujourd'hui par un inexplicable hasard. Bien tranquille, il s'assit en face du vieux Moldave et s'apprêta à expliquer pourquoi il se trouvait dans ce petit hôtel de la rue Payenne.

De son côté Danielo, tout à fait rassuré par la tournure que prenait la situation, s'y abandonnait absolument; il avait repris sa mine paterne, ses petits yeux avaient un regard gai, la bouche était souriante, et, à mesure que Fernand parlait, il semblait dire comme un bon père grivois surprenant son gendre en bonne fortune: