Davenne, comme halluciné, la regardait toujours, et quand Iza relevait sa paupière, elle ne pouvait supporter son regard et refermait les yeux, pendant qu'elle écoutait…

Il reprit d'un ton étrange:

—Mais si tu veux être heureuse, sois sans foi, sans âme, sans cœur; le jour où tu seras riche, méprise celui qui t'aura connue pauvre… le jour où tu seras aimée, rends la haine pour l'amour… à celui qui te fera l'honneur de te donner son nom… rends la honte… si tu es capable de cela… espère… tu seras riche, bien riche… très riche…

Et laissant la jeune fille, étourdie, chancelante, prête à défaillir devant le tableau évoqué… Pierre sortit de la tanière du vieux Rigobert, suivi par Simon qui se grattait le crâne, en se demandant ce que son maître voulait faire…

Le vieux Rig avait été très réservé: il avait dit à Simon que le soir même, entre onze heures et minuit, il viendrait rue Payenne; que là une terrible chose devait s'accomplir et qu'il ne pourrait quitter la petite maison de la rue Payenne que le lendemain soir.

Certainement, Simon était discret; pourtant, après les événements qui depuis la veille bouleversaient la vie de tout le monde, il aurait bien voulu que son lieutenant lui fît l'honneur d'une demi-confidence. Il marchait à ses côtés, en regardant en dessous; mais Pierre, la tête baissée, le front soucieux, partait sans le voir, sans voir—le monde étrange qui sortait de toutes les échoppes, de toutes les baraques, de toutes les voitures pour les regarder passer.

Arrivés sur la route, Pierre sauta dans la voiture et dit au cocher:

—A Charonne!

—Pardon, mon lieutenant, où dites-vous? exclama le matelot, aussi ébahi que le cocher.

—A Charonne, près du Père-Lachaise, répéta Pierre impatienté…