Geneviève, sans force, sans volonté, terrifiée par les menaçantes façons de Fernand, le regardait hébétée, se refusant à croire que c'était là l'homme pour lequel elle avait été criminelle.

La chambre dans laquelle se trouvaient Geneviève et Fernand était plutôt un petit salon qu'un boudoir. Les portes étaient garnies de lourdes tentures de soie jaune, les murs étaient tapissés de la même étoffe, encadrés d'épaisses baguettes d'ébène. Sur la cheminée noire était une glace de Venise à large cadre sculpté. Tous les bibelots d'art, familiers aux femmes de goût, emplissaient les vitrines et encombraient les étagères. Une porte communiquait à une pièce semblable qui servait de fumoir à Pierre Davenne, et qui avait une entrée sur sa chambre. Cette porte se trouvait placée juste en face de la glace.—Nous l'avons dit, de lourds rideaux de soie jaune la masquaient.

A cette heure, les lueurs blafardes du matin jetaient dans le petit boudoir un jour gris, auquel l'œil avait besoin d'être habitué pour voir.

Assis en face de Geneviève, Fernand commença:

—Geneviève, ici, personne ne peut nous entendre, parlons franchement.
D'abord, m'aimes-tu?

La jeune femme baissa la tête et ne répondit pas.

—Il faut répondre… Tu m'as aimé, au moins?…

Il y eut encore un silence.

—Mais enfin, hier, chez moi, tu mentais donc, lorsque tu me disais: «Quel malheur que la fatalité sépare ainsi ceux qui étaient faits pour vivre ensemble… Ah! si le ciel était juste…»

—Ne dis pas cela… Ne dis pas cela! exclama aussitôt la jeune femme en fondant en larmes… C'est ce blasphème que j'expie aujourd'hui…