Puis, pleine de fièvre, continuant:

—Non, non, je ne t'ai pas aimé… C'est lui que j'aimais… C'est sa confiance, c'est ma coquetterie qui m'ont perdue… Et toi, tu as abusé de tout à mesure que tu as vu que mon mari ne s'occupait pas de moi; tu t'es appliqué, par tes façons, par ton langage, à forcer mon imagination à te comparer sans cesse à lui… Tu guettais les petites querelles du foyer… J'ai été indigne… Je n'ai pas à revenir sur ce qui a été… J'expie aujourd'hui la faute!… Parle!… Que viens-tu me proposer?…

Fernand se leva et marcha quelques minutes dans la chambre, comme s'il voulait donner à ses paroles le poids d'une chose raisonnée…, puis il vint s'asseoir sur le canapé, près de Geneviève qui, l'observant avec attention, ne recula pas.

—Geneviève, dit-il avec calme, je t'obéirai. Ne revenons pas sur le passé!… Une faute a été commise; tu m'en accuses; soit! C'est moi qui t'ai dérangée de tes devoirs!… J'ai ainsi outragé mon ami, je suis un misérable… Soit!… Mais je t'aimais, moi… Je t'aime, moi!… Oui, je t'aime!…

Et il regarda fixement la jeune femme dont les yeux se baissèrent. Il y avait dans le regard de Fernand une puissance contre laquelle, vainement, on aurait voulu lutter. Après une grande minute de silence, il reprit:

—Ne parlons pas du passé!… Parlons du présent. J'avais, dans nos coupables relations, une terreur, c'était que Pierre ne vînt à les connaître; c'était que celui auquel, je le reconnais, je dois tout, ne fût obligé de me mépriser… Un malheur, aujourd'hui, efface tout cela.

Geneviève releva la tête et dit d'un ton glacial:

—Tu te trompes, Fernand…

—Hein? interrogea aussitôt celui-ci.

D'un ton calme, monotone, comme celui du greffier lisant un jugement, elle dit: