—A qui feriez-vous croire semblable chose?… Un homme comme vous…, plus qu'adroit en affaires, aurait accepté de donner quarante mille francs pour un prêt de cinq ou six jours?
—Samuel est un usurier, tout le monde le sait…
—Aussi ceux qui ont affaire à lui savent bien qu'ils empruntent à fonds perdu. Je vais vous dire pourquoi vous avez consenti à signer cet énorme intérêt… C'est que vous n'aviez pas l'intention de reprendre les bijoux. Le vieux Samuel n'est pas un prêteur sur bijoux; il s'y connaît peu… Il avait confiance en vous; il savait que les bijoux avaient été admirés à la fête que vous aviez donnée… pour les montrer peut-être. Là, les femmes étaient éblouies, les connaisseurs prétendaient qu'ils valaient cinq cent mille francs, au bas taux… Et Samuel prêta de confiance. Mais qu'aviez-vous fait? Vous aviez changé les pierres, les diamants étaient remplacés par du strass, et ce que vous vendiez trois cent mille francs n'en valait pas cinq mille… Voilà ce que vous avez fait…
—Moi, moi! exclamait Fernand étourdi; mais, monsieur, sur ce qu'il y a de plus sacré, de plus saint au monde, je vous jure que je n'ai pris ces bijoux que pour les porter chez Samuel… Si véritablement ils sont faux, c'est une preuve de plus du guet-apens dans lequel je suis tombé en me mariant.
—Vous entendez dire que votre femme avait de faux brillants?
—Oui, monsieur.
—Non seulement la dot qu'elle apportait n'a pas été versée, mais les bijoux qui lui sont personnels étaient en strass?
—Je ne les ai pas touchés. Dans le sac même où je les ai trouvés, je les ai portés chez Samuel.
—Tenez, Séglin, vous avez tort de ne pas parler franchement; votre système est insoutenable. Avouez plutôt ce que vous avez fait des véritables diamants.
—Mais, maintenant je suis un voleur… alors…Monsieur, je vous jure que les bijoux ont été portés par moi à Samuel tels que je les ai trouvés… Et si l'indigne créature qui porte mon nom a osé soutenir le contraire, confrontez-la avec moi…