En voyant ce que ce mot avait fait, Geneviève aurait donné sa vie pour ne pas l'avoir dit.
Après son accès de colère, accès qui n'avait pas duré plus que l'éclair, Pierre, écrasé, était retombé sur le canapé et, redevenu faible comme un enfant, prenant sa tête dans ses mains, il fondit en larmes. Et ses sanglots désespéraient la malheureuse femme. Se traînant à genoux jusqu'à ses pieds, elle s'écriait:
—J'ai menti… Je suis une indigne créature, punis-moi, châtie-moi…
Oh! si tu savais ce que j'ai souffert pour revoir ma Jeanne… Pierre,
Pierre, oh! je t'en supplie, ne pleure pas ainsi… Tu sais bien qu'elle
est ta fille…
—Oh! si vous saviez, malheureuse, le doute affreux que vous avez jeté en moi!… Si vous saviez de quelle infernale pensée ma vie va être assiégée!… L'unique être pour lequel je vis… Mais, malheureuse femme, vous ne pensez donc pas que cette enfant a besoin de moi pour vivre… Vous ne sentez donc pas qu'en m'arrachant l'affection sacrée dont mon cœur est plein, c'est un crime nouveau ajouté aux autres!
—Pardon, Pierre…, j'ai menti… Sur elle, sur ma Jeanne…, devant Dieu, je le jure…, j'ai menti; tu me martyrisais, j'ai commis une infamie pour me venger… Grâce… encore une fois…
Il y eut une longue minute de silence pendant laquelle on n'entendait que les sanglots étouffés des deux malheureux. Pierre était bien forcé de se l'avouer, l'amour de jadis était mort véritablement. Sa femme était belle, sa femme était jeune, nous l'avons dit; Pierre ignorait la vie exemplaire par laquelle Geneviève avait essayé de racheter le passé. Et cependant que lui demandait-elle? Son enfant! Elle ne pouvait avoir la pensée d'emmener Jeanne; ce qu'elle désirait, ce qu'elle réclamait, c'était donc sa place au foyer, près de son enfant. Et cela semblait impossible à Pierre. Il fit un effort, essuya ses yeux et demanda:
—Enfin, que voulez-vous?
Geneviève releva vers lui ses beaux yeux suppliants et dit:
—Je te demande, Pierre, de m'accueillir… Je suis maintenant habituée au travail…, tu me considéreras comme ta servante…; mais tu me laisseras près de mon enfant, je subirai tout… Je la respecterai, Elle…
—Que me dites-vous là, madame?… Elle… Vous parlez de celle qui, regrettant le malheur survenu par elle à cause de vous, s'est sacrifiée pour élever votre enfant à l'heure où vous vous étiez rendue indigne de cette mission sainte… Sous ce toit, madame, ne vivent que d'honnêtes gens… Mlle Madeleine de Soizé est restée ce qu'elle était, la fiancée trompée… à cause de vous!