Geneviève était toujours à genoux; humiliée, elle baissa la tête… Mais elle était satisfaite de la déclaration que son mari venait de faire… Madeleine n'avait été que la directrice de Jeanne…

Pierre continua:

—Aujourd'hui, si j'accordais ce que vous demandez, avez-vous pensé, madame, que ma fille me demanderait la raison qui me fait donner une si basse condition à sa mère?… Avez-vous pensé qu'en vous revoyant elle me demandera la cause de ce long éloignement?… Que devrai-je lui dire?…

—Oh! vous êtes sans pitié…

—Ne l'avez-vous pas été vous-même?

—Ainsi, supplia Geneviève, vous refusez? Eh bien, écoutez… Pierre, écoutez. Je travaille, je continuerai, je resterai loin de vous, ne vous tourmentant pas…; mais laissez-moi seulement la voir, à des heures que vous fixerez; vous me permettrez, cachée, de la regarder, de l'entendre… Voulez-vous?

Et comme Pierre ne répondait pas…, elle s'accrocha à lui, suppliante.

—Pierre! Pierre! je t'en supplie, c'est épouvantable ce que je souffre. Pierre, c'est par quatre années de luttes, de misères, de larmes et de travail, c'est surtout par quatre années de remords et de repentir que j'ai cherché à mériter mon pardon. Ma vie, je l'avais dévouée à mon enfant. Je me croyais veuve, et ce veuvage, je l'avais juré éternel. Je voulais, par l'austérité de ma vie, racheter ce passé et me rendre digne du retour de mon enfant. Pierre! seras-tu sans pitié? Si tu ne veux me rendre mon enfant, tue-moi!…

On entendait du bruit dans le couloir… Pierre, qui avait écouté ces dernières phrases avec étonnement, dit avec vivacité:

—Relevez-vous! relevez-vous! On vient!