—Je sais, ma chère Geneviève, que tu peux du même coup retrouver toute ta famille: un mari, moi… et ta fille que je te ramène aussitôt…; que tu peux en même temps retrouver une situation plus heureuse, car, malgré les précautions de Pierre, je suis riche, ma chère Geneviève.
—Vous me faites honte!
—Tu refuses?
—Non, c'est impossible, Fernand…, c'est impossible: vous ne pouvez être devenu à ce point indigne que vous offririez ce marché à une mère, d'être une malhonnête femme si elle veut retrouver son enfant!
—Ah çà, que me chantes-tu là? Il y a deux ans qu'il fallait penser à cela; il y a deux ans, tu pouvais être une malhonnête femme; mais aujourd'hui qui trompes-tu? Tu es libre, tu es veuve… et je te retrouve ainsi que je te rêvais, indépendante, plus belle et rendue raisonnable par le malheur… A cette heure, c'est moi qui suis heureux; c'est moi qui viens t'apporter le bonheur.
La malheureuse était absolument écrasée par le cynisme méprisant du misérable. Et cependant elle voulait retrouver son enfant.
—Aujourd'hui, Fernand, vous êtes riche, dites-vous; vous trouverez autour de vous les femmes que vous voudrez… En grâce, au nom du malheureux dont nous avons causé la mort, ne me parlez jamais de ce passé dont j'ai honte… Oubliez-le… et… dites-moi où je pourrais revoir Jeanne.
—Geneviève, je suis venu ici ayant arrêté ma conduite… Tu dois te souvenir que rien ne peut modifier ma volonté… Je t'aimais, et tu sais que pour t'avoir je n'ai reculé devant rien… Aujourd'hui, ce feu que je croyais éteint et qui dormait sous la cendre reprend avec plus de vigueur… Je t'aime… et il me semble trouver encore dans ton deuil un charme nouveau… Je veux que tu redeviennes celle que tu étais autrefois. Je veux… que nous nous aimions…
Geneviève, effrayée du ton et de la chaleur avec laquelle Fernand parlait, se reculait jusque sous le portrait de son mari… Fernand se levait et voulait lui prendre la main; elle le repoussa.
—Laissez-moi…, laissez-moi… Vous me faites horreur… et honte…