—Je sais déjà quelque chose…

—Tu sais? demanda Pierre.

—Oui, mon lieutenant… Vous concevez bien qu'on ne vit pas dans un parage sans avoir des camarades… Pour lors, les camarades que j'avais laissés, je me suis mené les voir par-ci par-là…

—Enfin, malgré moi, contre moi, au risque du plus désagréable résultat, n'obéissant pas à ma défense, tu as été dans le quartier?

—Oh! mais non, mon lieutenant…, fit le matelot tout rouge de l'accusation portée contre lui… C'est seulement de ce matin que je suis allé là… La petite lieutenante pleurait… Moi, ça m'avait tout secoué. Alors je m'étais dit: Je vas savoir ce qu'elle est devenue, sa mère… et alors…

—Et enfin qu'as-tu appris?

Le matelot raconta ce qu'il avait appris le matin même; que Mme Davenne, ramassée mourante dans la rue par ses voisins le soir de l'inhumation de son mari, avait été portée le lendemain dans une maison de santé où elle était restée assez longtemps à moitié folle… C'était tout ce qu'il savait. Mais ce récit fit une vive impression sur Pierre… Il avait hâte d'être seul, il dit à son matelot:

—Simon, tu iras demain, cela est plus raisonnable.

—Mon lieutenant… pourvu que je vous donne les renseignements que vous demandez, vous me laissez libre de me diriger?

—Absolument… Pourquoi me demandes-tu cela?