Le vieux sauvage n'avait pas dit toute la vérité à Fernand, parce qu'il avait vu que l'amour que celui-ci ressentait pour Iza était véritable et profond. Dans son récit, il n'avait retiré du rôle qu'il avait joué que l'immense fortune qu'il avait déclarée lors du contrat, et encore disait-il qu'il ne s'était décidé à jouer ce personnage que sur l'affirmation que Pierre, s'il ne donnait pas une somme aussi extravagante, donnerait au moins une fortune à sa petite protégée.

Il affirmait encore qu'Iza était presque sa fille, qu'il l'avait élevée, après l'avoir arrachée des mains des musulmans qui l'avaient volée… Or, dans l'idée de Fernand, ces deux malheureux étaient les dupes de Pierre… De là vient la facilité avec laquelle ils s'étaient liés…, poursuivant tous les deux le même but, la vengeance… et la recherche d'Iza… C'est par Mme Davenne qu'ils devaient obtenir ce résultat… Ceci avait été le point de départ du projet infâme que nous avons vu si tranquillement dérouler plus haut par celui que Fernand appelait toujours Danielo.

Tout avait été expliqué; la vie pure d'Iza, dirigée par le vieux Danielo, malgré sa situation pauvre; car il disait, le vieux Rig, qu'il n'avait reculé devant aucun sacrifice pour sa fille adoptive… Il l'aimait tant! En disant cela, le vieux crocodile avait des larmes dans les yeux, de vraies larmes! C'est l'affection qu'il avait pour elle qui l'avait amené à commettre la tromperie sur sa fortune, tromperie dont Fernand avait été dupe.

De tout cela, une seule chose intéressait Fernand: c'est que la belle Iza était une belle et pure fiancée, et que Mme Séglin était toujours une honnête femme.

Puis, se croyant l'un et l'autre meilleurs qu'ils n'étaient,…
Rig croyant Fernand la victime de Pierre Davenne, et Séglin croyant
Danielo, le vieux Rig, un vieil avare dont Pierre avait exploité la
passion…, ils s'entendaient parce qu'ils se mentaient tous les deux.

C'était ce soir-là que l'on avait commencé l'exécution du plan arrêté, et Fernand, en revenant, avait tout raconté à Rig; celui-ci avait dû se réserver devant Fernand, ne pouvant sortir du rôle qu'il jouait… Mais, lorsqu'il l'avait quitté, lorsqu'il s'était trouvé seul dans la rue, nous l'avons vu s'abandonner à sa mauvaise humeur.

Le vieux Rig, en frappant le vide de son poing robuste, disait:

—Je suis un niais, un sot… C'est seul que je devais faire l'affaire… Est-ce que j'avais besoin de cet imbécile, qui au premier mot compromet tout…

Après avoir réfléchi quelques minutes, il avait continué…

—Qu'est-ce que je fais chez lui?… A quoi m'est-il bon?… D'un instant à l'autre il peut être pris: on le cherche… Moi, je suis l'inconnu… Je puis parfaitement lui dire que je renonce à cela…, que je veux retourner au pays, et en deux jours j'en finis… Il me croit loin et cherche un nouveau moyen… ou, ainsi qu'il semble y croire ce soir, il attend que la femme, placée entre le désir de revoir son enfant… et ce qu'il veut d'elle, cède enfin à sa demande: il attend donc confiant.