Moi, pendant ce temps, la voie est libre, je vais chez elle, je lui dis: La possession de votre enfant et la mort de votre mari vous font heureuse et riche, quel prix me donnez-vous pour cela?… C'est de l'argent que veut Rig…, rien que de l'argent, et la possibilité d'aller vivre loin d'ici; un engagement seulement me suffit… En deux jours, j'ai enlevé l'enfant et je la lui amène; le surlendemain, elle fait sa déposition chez un magistrat…; elle déclare que son mari n'est point dans le caveau, qu'elle réclame une exhumation. On voit la comédie: je lui donne l'adresse de Pierre Davenne; on arrête celui-ci. Alors je trouve, lorsqu'il le faut, le moyen de la rendre véritablement veuve et riche…, et tout cela sans ce grand dadais qui veut mêler l'amour aux affaires… Comment, toi, Rig… toi, tu as été accepter un semblable complice?… Il est vrai qu'il n'est pas embarrassant; s'il me gêne, une lettre au procureur impérial, et il est arrêté le lendemain…
C'est sur cette bonne pensée que Rig rentra dans sa tanière.
VII
LES RÊVES DORÉS DE LA BELLE IZA.
Le matelot, bouleversé par ce qu'il avait découvert, se hâta de regagner la maison de Charonne. Il était tard, tout dormait, et il résolut d'attendre au lendemain pour raconter ce qu'il avait vu à son maître. Ce fut une longue nuit pour Simon, le sommeil était rebelle; le matin seulement il put fermer l'œil. Aussi s'éveilla-t-il furieux après lui-même de se lever si tard. Il se rendit près de Pierre et lui raconta rapidement ce qu'il avait fait.
Pierre fut atterré; mais, se remettant aussitôt, il dit:
—Je l'avais toujours bien jugée… et, tu le vois, vos larmes allaient me faire commettre une sottise…
—J'en suis honteux, mon lieutenant…
—Mais ce qu'il y a de plus clair dans tout cela, c'est que nous n'avons pas une minute à perdre pour nous mettre à l'abri du complot qui se trame contre moi.
—Je le pensais, mon lieutenant…