—Espère! espère!… Muet comme un peisson!

Pendant que le matelot obéissant appelait le nègre et se faisait aider dans les préparatifs du départ, Pierre se hâta de s'habiller. Il partit aussitôt. A la première place de voitures, il sauta dans un fiacre et se fit conduire rue Navarin. Au milieu de la rue, il entra dans une maison devant la porte de laquelle étaient accrochés plusieurs écriteaux de location, sur papier jaune, ce qui indique les locations d'appartements meublés. Il monta au second étage, et sonna. Une jeune bonne vint lui ouvrir.

—Madame est-elle là? demanda-t-il.

La soubrette l'ayant prié de dire son nom, il lui remit une carte… Elle était à peine disparue que la porte s'ouvrit presque aussitôt et qu'Iza, à demi vêtue, couverte seulement d'une longue robe de chambre rouge, les cheveux retombant libres, frisés, ébouriffés, sur les épaules, admirablement belle dans ce négligé, apparut et, souriante, dit:

—Entrez…, entrez, maître…

La soubrette, étonnée, regardait celui qu'on appelait ainsi. Iza, comme si elle eût commandé toute sa vie, lui fit signe de se retirer.

Ayant fait entrer Pierre dans un petit salon-boudoir, elle lui dit:

—J'attendais, maître!…

—Iza…, viens ici, assieds-toi en face de moi… et écoute-moi bien!…

La jeune femme fixa sur lui son regard de velours, cherchant à lire sur son visage ce qu'il allait lui demander. Pierre lui désignant un siège, elle alla prendre un petit coussin, le plaça devant lui et s'accroupit à ses pieds.