—Je te les rendrai, en vrai…, fit Pierre… Mais voici une facture de
Bodmann, marchand de diamants à Vienne… où ils ont été achetés…
Iza lut et vit l'addition dont le chiffre était de deux cent vingt-cinq mille francs… Elle dit aussitôt:
—C'est le prix?
—C'est le prix pour le juge; les vraies pierres, tu les auras. Mais tu présenteras cette facture, et si les bijoux étaient faux lorsqu'il les a vendus, c'est qu'il avait déjà retiré les brillants pour les remplacer par du strass, et ainsi il volait celui qui lui prêtait de confiance. Peux-tu affirmer ce que je te dis devant le magistrat qui t'interrogera?
—Oui, fit Iza avec un singulier sourire; car, je le comprends…, il est pris et je suis libre.
—Il faut aussi justifier ce qui s'est passé à Auteuil… Tu affirmeras qu'au milieu de la nuit, ton mari, un joueur qui t'avait déjà volé tes bijoux, quittant du cercle où il avait perdu, a exigé ta signature… Tu as refusé…; il t'a menacée…tu as résisté… et alors est arrivée une scène à la suite de laquelle tu t'es sauvée… vêtue de ta robe de chambre… échappant à sa violence… Tu avais déjà essuyé deux coups de feu.
—Mais, fit Iza qui semblait étourdie…, je n'ai pas été blessée.
—Les deux balles sont dans les matelas… Tu t'es sauvée en criant au secours! Et entendant du bruit—ses gens qui descendaient, peut-être!—craignant d'être pris pour un assassin, perdant la tête, il a retourné son arme sur lui…
—Je devrai raconter tout cela?
—Oui! Et il continua: Tu as longtemps hésité… Tu t'étais cachée dans ce petit appartement, redoutant les poursuites de ton mari…, ton mari, qui a dissipé ta dot, vendu tes bijoux et qui exigeait plus encore… Tu t'es aperçue depuis quelques jours que des gens observent ta demeure; tu crois même, un soir, avoir vu ton mari devant ta maison… Redoutant une catastrophe, tu viens tout dire, tu demandes protection…