Ils étaient tristes à voir tous les deux, seuls au milieu de ce village vivant et de cette nature gaie…

Elle traversa le pays et s'arrêta devant la dernière maison du village… L'enfant, la voyant heurter la porte, alla au-devant des bambins qui les avaient suivis; les autres reculèrent d'abord, mais comme il avançait toujours en souriant, ils s'apprivoisèrent, les petits terreux, et l'on joua ensemble.

La Jeanne avait heurté la porte… Un vieillard était venu et, reculant devant elle, il avait dit:

—Qu'est-ce que tu veux ici?

Jeanne s'était appuyée au chambranle de la porte pour ne pas tomber…

—Allons! allons! va-t'en, avait continué l'homme; sors d'ici, mendiante, salis pas ma maison!

—Père! avait supplié Jeanne.

—Va-t'en!… va-t'en…

Mais la pauvre femme s'était avancée jusqu'à la table et le corps courbé, la tête basse, d'une main elle cachait ses yeux inondés de larmes, décidée à se faire chasser plutôt qu'à reculer.

—Père? moi?… Est-ce qu'une mendiante comme toi est ma fille?… Ma fille!… J'ai eu un enfant que ma pauvre défunte adorait… C'était une bonne et belle fille pour laquelle nous voulions donner notre vie… Avant le jour, vent, pluie ou neige, nous allions forcer la terre à nous donner de quoi en faire une dame… Sitôt qu'en nous privant nous avons pu la retirer de l'école pour la mettre en pension, nous l'avons fait. Nous la voulions belle, et, pour qu'elle le fût, rien ne nous a coûté, ni force ni santé…