Le coup de sifflet retentit, aigu comme la pointe d'une épée, et fit frémir tous les assistants. Mais leur frémissement devint de l'épouvante lorsqu'une magnifique tigresse se montra sur le pont du bateau et répondit au coup de sifflet par un «ronron» formidable.

«Ici, Louison!» cria Corcoran.

Et il siffla pour la seconde fois.

A ce second appel, Louison bondit hors du bateau à vapeur et se trouva sur la rive, où déjà Corcoran avait fait amarrer son bateau. Une minute après, les officiers, les soldats, les canonniers, les fantassins, les curieux, les hommes, les femmes et les petits enfants avaient pris la fuite dans toutes les directions et laissé là Corcoran, excepté un malheureux chef de poste, celui-là même qui avait fait tirer le coup de canon, et que notre ami le capitaine venait de saisir par la nuque.

«Lâchez-moi, disait l'Indou en se débattant de toutes ses forces; lâchez-moi, ou je vais appeler la garde!

—Et toi, dit Corcoran, si tu fais un pas sans ma permission, je vais te donner pour souper à Louison.»

Cette menace rendit le pauvre officier plus docile et plus doux qu'un agneau.

«Hélas! dit-il, seigneur tout-puissant que je ne connais pas, retenez votre tigresse, ou je suis un homme mort!»

Effectivement, Louison, privée depuis longtemps de chair fraîche, tournait autour de l'Indou d'un air affamé. Elle le trouvait appétissant, ni trop jeune, ni trop vieux, ni trop gras, ni trop maigre, mais tendre, dodu et bien à point.

Heureusement Corcoran le rassura.