—Il parle assez bien, répondit Mlle Oliveira.
—Tu fais la modeste,» dit tous bas Claudie à l'oreille de son amie.
Rita se mit à rire.
«C'est assez joli, dit-elle, ces boutons de couleur bronzée sur le velours noir.
—De qui parles-tu? demanda Claudie.
—De ce binocle à gauche du pilier.
—Pour moi, dit Claudie, j'aimerais mieux une belle veste, sans boutons, rattachée seulement par des aiguillettes à la façon de Van Dyck.
La foule s'était écoulée, et les personnages de distinction, qui nulle part moins qu'à Vieilleville n'aiment à être confondus avec le vulgaire, sortirent à leur tour. Sur le grand escalier, Rita et Claudie rencontrèrent le bel Athanase et Brancas, déjà dépouillé de sa robe et de sa toque. Oliveira serra les mains de l'avocat et le complimenta sur son succès avec la politesse enthousiaste qu'on ne trouve qu'à Paris et qui est peut-être la récompense la plus enviée des artistes.
«Je n'ai rien entendu de plus beau, de plus simple, de plus clair et de plus juste, même à la Chambre des députés,» dit Oliveira.
L'avocat s'inclina en signe de remercîment et salua Claudie et Rita. Claudie lui tendit la main et le regarda d'un air d'admiration que son amie et le conseiller d'État remarquèrent seuls.