—Rita, dit la jeune fille en rougissant, l'a chargé de m'apporter un bracelet de Froment-Meurice, dont elle me fait présent.»
Les deux vieillards se regardèrent.
«Ce doit être un beau parleur, dit le colonel, un de ces idéologues qui ont perdu la France avant et après Napoléon.
—Bah! dit Bonsergent, Napoléon est mort et nous ne nous en portons que mieux. Buvons à la santé des vivants et ne méprisons personne. La France est faite pour parler et pour sabrer, alternativement. Quand elle sabre, elle se tait; quand elle parle, elle met son sabre au clou. C'est toute l'histoire de France. Eh bien, le tour des avocats est à la fin venu.
—Très-bien, dit le colonel, mais voilà trente ans qu'ils parlent; sacrebleu! la luette doit leur faire mal.
—Prends patience, dit Bonsergent, le tour des autres ne peut pas tarder beaucoup. Je vois en Algérie des gaillards qui s'escriment de la belle façon et qui découpent très-proprement les enfants du Prophète. Laisse-les prendre Abd-el-Kader, et tu verras de quel air ils vont rentrer en France, et comme ils sauront se faire place. Souviens-toi du mot de Bugeaud: Le futur maître de la France fume en ce moment sa pipe dans quelque bivouac de l'Atlas.»
On versa le café.
«Comment s'appelle ton avocat, Claudie? demanda le colonel.
—Mon avocat, qui est à vous autant qu'à moi, répondit la jeune fille, est M. Brancas.
—C'est ce fameux Brancas qui a plaidé l'autre jour pour un petit coquin qui avait égorgé son père?