—Pardonne-moi, mon pauvre Pierrot, lui dit-il, d'avoir cru tous ces mensonges. Tu le sais bien, je t'ai toujours aimé et je n'aimerai jamais que toi; ceux qui disent le contraire sont des menteurs et des misérables que je ferai pendre ou empaler, à ton choix.

—Majesté, dit Pierrot, je vous remercie de l'offre que vous me faites, mais je ne l'accepte pas. Je ne veux pas être plus longtemps un sujet de querelle et de scandale dans votre cour et dans votre famille. Je me retire, et je désire que le ciel vous donne des serviteurs, non plus dévoués que moi à votre service (cela est impossible), mais plus heureux.

—Ne te retire pas, s'écria Vantripan, je te le défends. J'ai besoin de toi; je veux t'avoir près de moi jusqu'à mon dernier jour. Que te manque-t-il? Je te le donnerai sur l'heure. Veux-tu ma fille en mariage? Tu me l'as déjà demandée. Je te la donne; et, si elle a fait autrefois quelques difficultés, je suis sûr qu'elle sera aujourd'hui la première à te présenter la main. N'est-ce pas vrai, Bandolinette?

La princesse fit signe que rien ne lui serait plus agréable; mais il était trop tard. Pierrot était cuirassé contre l'ambition, et il se souciait peu de toutes les princesses du monde. Il fut cependant fort embarrassé, car il n'osait dire en public qu'il refusait la main de la belle Bandoline, ce qui n'était pas poli, et il voulait encore moins laisser croire qu'il l'acceptait.

—Sire, dit-il enfin, je sens tout l'honneur que Votre Majesté veut bien me faire. Il est vrai qu'en d'autres temps j'ai désiré cette alliance; mais depuis j'ai réfléchi qu'elle était trop au-dessus des voeux et de la naissance d'un sujet et du fils d'un meunier.

—De quoi te mêles-tu? s'écria Vantripan, si ma fille et moi nous te trouvons bon tel que tu es? Est-ce à toi de faire des façons? Va, va, donne-moi la main, et toi aussi, Bandolinette, et nous ferons la noce dans trois jours.

Bandoline donna la main, mais Pierrot resta immobile.

—Majesté, reprit-il, cette alliance autrefois eût comblé tous mes voeux; aujourd'hui je ne puis plus y prétendre. J'ai le dessein, aussitôt que Votre Majesté voudra me le permettre, de résigner entre ses mains tous mes emplois et de me retirer dans un village. Je veux me faire fermier. J'ai des goûts rustiques, sire, ce qui ne doit pas vous étonner. Paysan je suis né, paysan je mourrai. Une ferme est-elle un séjour convenable pour une si grande princesse?

—Pierrot, dit le gros Vantripan, tu me caches quelque chose, tu as quelque raison que tu ne veux pas dire. Voyons, est-ce le ressentiment d'avoir vu ta demande refusée? Bandoline va te demander elle-même en mariage. Après cela, sabre et mitraille! que peux-tu demander davantage? ton orgueil est-il satisfait?

—Pierrot, dit la belle Bandoline en rougissant, me voulez-vous pour femme? et si vous vous faites fermier, voulez-vous que je sois votre fermière?